Nous savions que la mort n'était pas pire que la vie et nous ne craignions ni l'une ni l'autre. Une grande indifférence nous habitait.
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Pour que l'amitié soit de l'amitié, il faut qu'elle ait fait ses preuves avant que les conditions de vie n'en soient arrivées à la limité extrême au-delà de laquelle il n'y a plus rien d'humain dans l'homme, et qu'il ne reste que la méfiance, la rage et le mensonge.
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Nous comprenions tous que nous ne pourrions survivre que par hasard.
Il est extrêmement difficile de fouiller dans les souvenirs d'un cerveau racorni par la faim. Tout effort de mémoire s'accompagne d'une douleur lancinante, purement physique. Les recoins de ma mémoire étaient débarrassés depuis longtemps de déchets inutiles comme la poésie.
Pas une fois, je ne m'attardais sur une pensée. Le seul fait de l'essayer me causait une douleur vraiment physique. Comment retrouver cet état et dans quelle langue le raconter ?
Aucune amitié ne peut se nouer dans la faim, le froid et le manque de sommeil, et malgré sa jeunesse, Dougaiev comprenait parfaitement à quel point était faux l'adage selon lequel c'est dans le malheur et dans la peine qu'on éprouve les amitiés.
Dans la même œuvre
Pour prendre une décision, on n'a pas besoin de la logique. La logique, c'est pour la justification, la mise en forme, l'explication.
Il ne faut pas avoir honte de se souvenir qu'on a été un « crevard », un squelette, qu'on a couru dans tous les sens et qu'on a fouillé dans les fosses à ordures [...]. Les prisonniers étaient des ennemis imaginaires et inventés avec lesquels le gouvernement réglait ses comptes comme avec de véritables ennemis qu'il fusillait, tuait et faisait mourir de faim. La faux mortelle de Staline fauchait tout le monde sans distinction, en nivelant selon des répartitions, des listes et un plan à réaliser. Il y avait le même pourcentage de vauriens et de lâches parmi les hommes qui ont péri au camp qu'au sein des gens en liberté. Tous étaient des gens pris au hasard parmi les indifférents, les lâches, les bourgeois et même les bourreaux. Et ils sont devenus des victimes par hasard.
La faux mortelle de Staline fauchait tout le monde sans distinction, en nivelant selon des répartitions, des listes et un plan à réaliser. Il y avait le même pourcentage de vauriens et de lâches parmi les hommes qui ont péri au camp qu'au sein des gens en liberté. Tous étaient des gens pris au hasard parmi les indifférents, les lâches, les bourgeois et même les bourreaux. Et ils sont devenus des victimes par hasard.
Il ne faut pas avoir honte de se souvenir qu'on a été un « crevard », un squelette, qu'on a couru dans tous les sens et qu'on a fouillé dans les fosses à ordures [...]. Les prisonniers étaient des ennemis imaginaires et inventés avec lesquels le gouvernement réglait ses comptes comme avec de véritables ennemis qu'il fusillait, tuait et faisait mourir de faim.
Un chagrin n'est pas vraiment aigu ni profond si on peut le partager avec des amis.