Évoquer le souvenir d'une chose qui n'est plus ne signifie pas nécessairement que l'on regrette, ou que l'on déplore, sa disparition, ni que l'on voudrait à toute force qu'elle revienne.
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Pour caractériser mon personnage, disons tout d’abord que ses origines sociales modestes et sa très grande culture le singularisent à la cour. Il lui arrive d’être naïf, maladroit, de susciter la colère ou l’hilarité du roi ; il est ambitieux aussi, il écrit de la littérature, et caresse même l’idée, très brièvement, de se laisser porter à de hautes responsabilités par les révolutionnaires qui entrent en contact avec lui. Il a le même âge que le roi, il a été choisi, quand il était enfant, pour accompagner ce prince dans sa scolarité, et il y a entre eux un rapport complexe de familiarité et de distance, presque de rivalité gémellaire. Sa « confession », comme vous l’appelez, s’arrête en 1972, et on le retrouve à la fin, en 1999, après la mort du roi et peu avant la sienne. Il y a une grande ellipse narrative concernant ce qui lui arrive alors, mais il est cependant assez clair que sa vie va prendre un autre tour, et qu’il ne sera sans doute plus ce lettré aux mains à peu près pures dont on a suivi le récit.
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De même que nous luttons en vain contre notre expérience de la vue quand nous essayons de nous mettre à la place de quelqu’un qui en a toujours été privé, de même nous luttons en vain contre l’expérience de notre recours permanent à Internet comme à un nouvel organe, quand nous essayons de nous replacer dans l’époque où il était absent de notre monde.
J’ai trouvé, en me documentant, qu'un roman sur le Maroc et sur Hassan II, était une matière très riche pour la littérature, un contexte historique particulier déjà romanesque en soi, mêlant à la fois, du point de vue de l’histoire, le XVIIe et le XXe siècle, et du point de vue de la géographie, l’Orient et l’Occident. J’ai voulu mettre en évidence cette atmosphère très singulière par les moyens de la littérature. C’est également un contexte historique prodigue en événements, en rebondissements, et en anecdotes liées à la vie de la cour, dans l’entourage d’un roi séducteur, spirituel, mais aussi capable d’arbitraire et de cruauté. Et j’ai créé un personnage de poète et d’historien dont le point de vue permet de mettre tout cela en lumière.
Puissance magique insoupçonnée du bois de Vincennes : édifices apparus et disparus comme des songes, laissant derrière eux des souvenirs et des mythes. Université expérimentale dont il ne reste rien, absolument rien, dont les anciens étudiants, venant en pèlerinage, doutent même de l’emplacement quand ils ne voient là que de l’herbe et des arbres […] et qui partage étrangement le sort de la réplique du temple d’Angkor construite pour l’exposition coloniale en 1931, près du lac Daumesnil.
J’ai été frappé, en lisant des ouvrages historiques sur Hassan II, de voir que quelquefois la réalité rejoignait l’univers des contes des « Mille et une nuits ». Hassan II (et déjà son père, Mohammed V) se déplaçait incognito en se déguisant en homme du commun, pour sonder l’opinion du peuple, comme le calife de Bagdad dans les « Mille et une nuits ».
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J’ai trouvé, en me documentant, qu'un roman sur le Maroc et sur Hassan II, était une matière très riche pour la littérature, un contexte historique particulier déjà romanesque en soi, mêlant à la fois, du point de vue de l’histoire, le XVIIe et le XXe siècle, et du point de vue de la géographie, l’Orient et l’Occident. J’ai voulu mettre en évidence cette atmosphère très singulière par les moyens de la littérature. C’est également un contexte historique prodigue en événements, en rebondissements, et en anecdotes liées à la vie de la cour, dans l’entourage d’un roi séducteur, spirituel, mais aussi capable d’arbitraire et de cruauté. Et j’ai créé un personnage de poète et d’historien dont le point de vue permet de mettre tout cela en lumière.
J’ai été frappé, en lisant des ouvrages historiques sur Hassan II, de voir que quelquefois la réalité rejoignait l’univers des contes des « Mille et une nuits ». Hassan II (et déjà son père, Mohammed V) se déplaçait incognito en se déguisant en homme du commun, pour sonder l’opinion du peuple, comme le calife de Bagdad dans les « Mille et une nuits ».
Pour donner au style de mon personnage un aspect proche de celui d’un historiographe du XVIIe ou du XVIIIe siècle, je me suis replongé dans la littérature de cette époque, et pas seulement dans les « Mémoires » de Saint-Simon ou les « Mille et une nuits » traduites par Antoine Galland. Je mentionnerai en particulier deux chefs-d’œuvre de style : Le Siècle de Louis XIV de Voltaire (qui fut lui-même, un temps, historiographe au service de Louis XV) et « Histoire d’une Grecque moderne » de l’abbé Prévost.
Je préfère, en littérature, montrer plutôt que démontrer, et la recherche du plaisir du lecteur prime sur la définition de thèmes à traiter, mais il est certain que c’est un livre qui évoque le pouvoir, l’arbitraire, les vicissitudes que traversent ceux qui se trouvent dans l’entourage des rois, des chefs d’État, des « Grands », comme on aurait dit au XVIIe siècle.