Pendant neuf jours, j'allais devenir un milliardaire du temps, plonger les mains dans des coffres bourrés de secondes, me parer de bijoux ciselés dans des minutes pures, vierges de tout objectif, de toute attente, de toute angoisse.

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J'ai toujours aimé les balades au cimetière : elles donnent leur juste proportion à nos tracas comme à nos enthousiasmes, elles dégonflent nos baudruches.
Pour clore les bans, j'ai choisi la pire phrase de l'Univers, la pire excuse, et en plus j'en suis fier, je ne me rends pas compte, je ne me rends compte de rien : « Je t'aime trop pour rester avec toi sans plus t'aimer vraiment. » Je mériterais la prison pour cette phrase. Des coups de fouet. Le rouet. Le pilori. L'écartèlement.
Pourquoi un souvenir qui n'avait aucune aspérité, un moment minuscule qui aurait dû rejoindre l'immense cimetière des minutes oubliées, s'impose à nous ? Il doit y avoir une drôle de magie neuronale qui fait que certains instants restent cramponnés là, sous le front, comme des grenouilles sur d'autres grenouilles, à la saison des amours.
On ne rend jamais assez hommage à ceux qui donnent.
Aucun professeur ne laisse indifférent, tous donnent quelque chose que nous emporterons jusqu'au caveau.
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Le temps : tout était là, dans ces cinq lettres, cette simple syllabe. J'allais soudain en être riche, ne plus courir après, le nez rivé sur l'ordinateur, le téléphone. Pendant neuf jours, j'allais devenir un milliardaire du temps, plonger mes mains dans des coffres bourrés de secondes, me parer de bijoux ciselés dans des minutes pures, vierges de tout objectif, de toute attente, de toute angoisse. J'allais me gaver d'heures vides, creuses, la grande bouffe, la vacance, entre ciel et mer.
La solitude, c'est se raconter à soi-même des blagues et les trouver drôles.
Certaines personnes ont une étincelle étrange dans les yeux quand ils vous écoutent, ils me font penser à ces téléviseurs en mode veille dont le voyant rouge témoigne d'une vie intérieure intense. Avec le temps, j'ai appris à reconnaître dans cette lueur les signes de la bienveillance.
Elle n'a plus trente ans. Elle m'a confié que l'âge venant, le physique n'a plus autant d'importance dans les rencontres amoureuses. C'est la somme des expériences amassées qui compte et il n'est pas plus aisé de juxtaposer deux vies bien remplies que de faire coïncider deux corps jeunes. Elle a regardé la mer et elle a dit : « On a l'impression que ça ne va jamais s'arrêter, que c'est l'infini », et je ne savais plus si elle parlait de la solitude ou du voyage.
J'ai toujours préféré les regards des perdants, il se passe tellement plus de choses dans leurs yeux, des béances, du doute, le silence. La victoire rend con. La défaite ouvre des brèches fascinantes.