Et en réalité, c'est un peu l'effet que nous font les livres. Le temps des mots, compact ou liquide, impénétrable ou touffu, dense, étiré, granuleux, pétrifie les mouvements, méduse
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Oh, il devrait bien savoir pourtant que, dans toute partie, il existe un stade critique au-delà duquel il devient impossible de se refaire ; on n'a plus qu'à regarder l'adversaire abattre à poignées ses cartes maîtresses et récolter les plis : les dames, les rois, tout ce qu'on n'a pas su jouer à temps et qu'on a fébrilement gardé en main dans l'espoir de ne pas le perdre.
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À lire aussi de Eric Vuillard
Le soleil est un astre froid. Son coeur, des épines de glace. Sa lumière, sans pardon. En février, les arbres sont morts, la rivière pétrifiée, comme si la source ne vomissait plus d'eau et que la mer ne pouvait en avaler davantage.
Le monde cède au bluff. Même le monde le plus sérieux, le plus rigide, même le vieil ordre, s'il ne cède jamais à l'exigence de justice, s'il ne plie jamais devant le peuple qui s'insurge, plie devant le bluff.
La nature est un livre pour les illettrés.
Il n'a pas voulu voir la vérité en face. Mais, à présent, la voici qui vient à lui, tout près, horrible, inévitable. Et elle lui crache au visage le secret douloureux de ses compromis.
Dans la même œuvre
Les plus grandes catastrophes s'annoncent souvent à petits pas.
Une entreprise est une personne dont le sang monte à la tête. On appelle cela une personne morale. Leur vie dure bien au-delà des nôtres.
Quand tu discutes avec un adversaire, essaie de te glisser dans sa peau.
Le monde cède au bluff. Même le monde le plus sérieux, le plus rigide, même le vieil ordre, s'il ne cède jamais à l'exigence de justice, s'il ne plie jamais devant le peuple qui s'insurge, plie devant le bluff.
On ne tombe jamais deux fois dans le même abîme. Mais on tombe toujours de la même manière, dans un mélange de ridicule et d'effroi. Et on voudrait tant ne plus tomber qu'on s'arc-boute, on hurle.