Nous avions peur. De tout, de rien, des autres, de nous-mêmes. De la nourriture avariée. Des oeufs pourris. Des foules et de leurs préjugés, de leur haines, de leurs convoitises. De la maladie comme des moyens mobilisés pour la contrer. Du comprimé absorbé après une lecture attentive du dictionnaire Vidal. De l'asphyxie au gaz de ville. D'une noyade en mer. D'une avalanche en montagne. Des voitures. Des accidents. Des porteurs d'uniforme. De toute personne investie d'une autorité quelconque, donc d'un pouvoir de nuire. Des formulaires officiels. Des recours administratifs. De la petite comme de la grande histoire

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Refusant tout ce qui marquait le passage des années, ma grand-mère avait fini par étendre cet interdit à toute forme de commémoration. Elle détestait les festivités imposées à date fixe. Les réjouissances obligatoires, la liesse populaire sur commande, les baisers donnés au coup de sifflet. En vieillissant, son dégoût des joies collectives s'étendit même au jour de Noël qu'elle célébrait autrefois, à une époque que je n'ai pas connue, avec faste et générosité. A l'approche du réveillon, elle se bouchait les yeux et les oreilles. Elle attendait que ça passe.
Elle se méfiait de l'État et de ses représentants. Elle était surtout rétive à une institution qui soustrayait ses fils à sa propre autorité et, plus grave encore, qui les éloignait d'elle. Le temps scolaire était son pire ennemi.
A force de raconter notre histoire, de la mettre en boîte, de la tourner en dérision, de la pétrir, de la triturer, de la mélanger à d'autres récits, il disait ne plus être capable de démêler le vrai du faux. Il en venait à douter, et, par là même, nous aussi, des anecdotes, socle de notre mythologie familiale, qu'il ressassait depuis des années.
En voyage, ils sacrifiaient la profondeur à l'étendue. Leur but était moins de découvrir des contrées lointaines ou exotiques que de couvrir les distances les plus longues possible et de planter de nouvelles épingles sur un globe terrestre.
Les séquelles psychologiques des anciens combattants sont bien connues : extrême nervosité, repli sur soi, difficulté à communiquer, sentiment d'être incompris par son entourage, culpabilité du survivant, impression constante de danger, peur d'avoir peur.
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Dans la même œuvre

Nous avions peur. De tout, de rien, des autres, de nous-mêmes. De la petite comme de la grande histoire.
Abandonner sa foi , donc ses frères , s'apparente à une trahison.
En jouant aux petits soldats, il affirme avoir beaucoup appris sur son travail. Sur l'ironie du minuscule, sur la capacité des menus objets à s'ériger en monuments, sur le faux qui permet d'accéder à une vérité plus profonde, sur les liens entre l'enfance et la mort.
L'enfermement favorise-t-il la créativité ? L'imaginaire se développe-t-il plus aisément dès lors qu'il n'est plus confronté au réel ?
Régulièrement, il détruisait ce qu'il avait fait et recommençait. Il aimait l'idée du ratage, de la fragilité de l'existence, de l'impossibilité de sauver ce qui a été.