Elle commença le récit, sachant déjà qu'elle émergerait plus tard de ce livre avec l'impression d'une plongée dans la vie des autres êtres, dans des intrigues qui remontaient jusqu'à vingt ans en arrière ; son corps serait rempli de phrases et d'instants, comme si elle s'éveillait, lourde de rêves dont elle ne pouvait se souvenir.
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Ne tremble pas, il faut que tu sois pour moi un lit immobile, laisse-moi me pelotonner comme si tu étais un bon grand-père que je pouvais serrer dans mes bras. Je l'aime, le mot pelotonner, un mot si lent, qu'on ne saurait le bousculer...
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A bord de l'Oronsay, cependant, nous avions la chance d'échapper à tout ordre. Et je me réinventais au sein de ce monde apparemment imaginaire peuplé de démanteleurs de bateaux et de tailleurs, de passagers adultes qui, durant les festivités du soir, titubaient sous d'énormes masques de têtes d'animaux, tandis que certaines des femmes, à peine vêtues, dansaient, et que l'orchestre, Mr Mazappa au piano, jouait sur l'estrade, tous ses membres habillés de costumes exactement de la même prune.
« Il faut que tu partes, maintenant », dit-elle, et elle se leva, se dirigea vers la salle de bains puis ferma la porte derrière elle.
Méfie-toi de la tristesse. La tristesse est très proche de la haine. Permets-moi de te le dire. J'ai appris ça. Si tu avales le poison de quelqu'un dans l'espoir de le guérir, en le partageant avec lui, tu ne feras que le garder en toi.
Elle avait toujours voulu des mots. Elle les aimait, ils l'aidaient à grandir. Les mots lui donnaient lucidité, raison et forme. Moi qui croyais que les mots gauchissaient les émotions comme les bâtons dans l'eau.
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Pleurer fait perdre plus d'énergie que toute autre activité.
Le désert ne pouvait être ni revendiqué ni possédé : c'était une pièce de drap emportée par les vents, que jamais les pierres n'avaient su retenir.
Les moments avant de s'endormir sont ceux où elle se sent le plus en vie, elle saute par-dessus les fragments de la journée, emportant au lit chaque instant, comme l'enfant y emporte livres de classe et crayons.
On ne trouve Dieu que dans le désert.
La bouche révèle le manque de confiance en soi, la suffisance, ou tout autre nuance de caractère. Pour lui, elle est ce qu'un visage a de plus complexe. Il n'est jamais sûr de ce qu'un oeil révèle. Mais il peut lire la façon dont la bouche peut s'assombrir jusqu'à la dureté, suggérer la tendresse.