On répète à longueur d'années, dans tous les amphithéâtres possibles, qu'une allure de légalité constitue un premier remède contre l'arbitraire, un peu comme la perruque est un remède contre la calvitie.
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Mais le réveil s'était produit. L'inca était mort, les Espagnols l'avaient tué. Ils ne tenaient aucune de leurs promesses. Le goût de l'or était celui du sang. Exactement le même. Il n'y avait rien à espérer, il était impossible de les émouvoir ou de les corrompre.
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Et en réalité, c'est un peu l'effet que nous font les livres. Le temps des mots, compact ou liquide, impénétrable ou touffu, dense, étiré, granuleux, pétrifie les mouvements, méduse
La vérité est dispersée dans toute sorte de poussière
Car on le sait, toutes les misères ont pour chef-lieu l'âme humaine.
La vraie pensée est toujours secrète, depuis l'origine du monde. On pense par apocope, en apnée. Dessous, la vie s'écoule comme une sève, lente, souterraine
Dans la même œuvre
La nature est un livre pour les illettrés.
Les conquistadors, en matière de droit, étaient évidemment très frustres. Un coup d'épée suffisait à rompre un accord. Les notaires n'étaient pas si nombreux que les assassins, et les pupitres étaient moins solides que les lames d'acier. Le sang effaçait l'encre. L'évidence d'un profit arasait les promesses
Le dénigrement de soi, lorsqu'il paraît franc et brutal, est une façon de faire mal. Il faut être capable de se blesser soi avec beaucoup de cruauté, en usant des arguments les plus justes, si l'on veut vraiment blesser l'autre. Car, au fond, les hommes ont tous mal aux mêmes endroits, ils souffrent des mêmes blessures.
On répète à longueur d'années, dans tous les amphithéâtres possibles, qu'une allure de légalité constitue un premier remède contre l'arbitraire, un peu comme la perruque est un remède contre la calvitie.