Une jeune enfant très pure endormie à l'ombre d'un pêcher.
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Lorsque nous embarquons sur les fleuves homériques, résonnent des mots étranges, beaux comme des fleurs oubliées : gloire, courage, bravoure, fougue, destinée, force et honneur. Ils ne sont pas encore interdits par les agents de la novlangue managériale. Cela ne saurait tarder.
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La neige tombe en pattes de chats.
J'aime les trains: ils suivent un chemin de fer.
Un voyageur digne de ce nom ne peut s'intéresser à lui-même et cherche hors de soi matière à l'émerveillement. Pourquoi partir si c'est pour faire le tour de soi?
Aimer c'est reconnaître la valeur de ce qu'on ne pourra jamais connaître. Et non pas célébrer son propre reflet dans le visage d'un semblable.
Dans la même œuvre
La « prospérité » et le « confort » : ce sont les horizons que prescrit un nouvel (et grisâtre) héros de notre temps, Mark Zuckerberg. L'inventeur de la version numérique de la flaque d'eau de Narcisse (Facebook, disent-ils) a brandi ces deux objectifs de vie lors de son discours, devant les étudiants d'Harvard. Il aurait fallu opposer l'analyse d'Hannah Arendt à ce grossiste en gadgets digitaux. Pour elle, chaque individu pouvait faire son usage du héros homérique.
De nos mains, non de l'indolence, viendra la lumière (Iliade, XV, 741) dit Homère par la bouche de ses guerriers. À quelle place peuvent prétendre ces concepts incongrus dans une société du bien-être individuel et de la sûreté collective ? Sont-ils à jamais remisés dans les greniers des lunes ? « Les langues antiques sont langues mortes », entend-on ordinairement. Ces expressions aussi ? Pis que tous, l'un de ces mots paraît avoir été oublié au fond d'une strate archéologique : l'héroïsme. Dans les poèmes, il domine. L' Iliade et L'Odyssée sont les chants du dépassement.
Si l'ambition suprême est la mémoire collective, la hantise est l'oubli. Peu importe la mort, elle viendra. Peu importe la guerre, on ne la refuse pas. Peu importe le sacrifice : chacun l'accepte (Hélène en offre la plus noble illustration). Peu importe la souffrance physique, elle est le lot de tous. Ce que le grec redoute, c'est l'anonymat. Le naufrage dans les eaux de la mer, constitue la pire des fins. Car la mer vous aspire, jetant su votre corps un voile ineffable. L'héroïsme grec ne peut se satisfaire d'un effet de théâtre, il aspire à l'éternité du souvenir. Le coup d'éclat sans postérité resterait un pétard dans le néant.
Le culte du présentisme se situe à l'exact opposé du désir d'inscrire ses actes dans la longue durée. Le grec antique n'est pas l'homme de Zuckerberg. Il ne veut pas coller à l'écran du miroir comme l'insecte sur le pare-brise du présent. Les réseaux sociaux sont des entreprises de désagrégation automatique de la mémoire. Aussitôt postée, l'image est oubliée. Le nouveau Minotaure du World Wild Web a renversé le principe de l'impérissabilité. Gonglé de l'illusion d'apparaître, on se fait absorber par la matrice digitale, grand sac stomacal. Nul héros grec n'a besoin d'un site internet. Il préfère riposter que poster.
Héros, bourgeois, anges, démons, hommes de plein soleil et rond-de-cuir de l'ombre, faites attention ! prévient Homère. Ne chercher point à trop réussir votre mort. Sous peine de rater ce qui la précédait et qui n'est pas négligeable… la vie ! Brave, beau, harmonieux, fort, renommé, prêt à renoncer à une vie de café, comme disait Stendhal pour qualifier l'existence facile : tel est le héros grec. Peut-être à se hisser trop haut regrettera-t-il un jour de n'avoir pas su apprécier sa dernière matinée de printemps. Un héros est l'homme de l'éclat. Son plastron de gloire sera peut-être un jour baigné de ses larmes.