[Ma coucoune] se fit pomme et poire et petite cage dorée, elle se fit poule-et-riz, elle se fit liqueur-sucre à laquelle suçoter, elle se fit tafia à soixante-cinq degrés temple des ivresses fixes, elle se fit madou-blanc à cueillir goutte par goutte d'une langue arrêtée, elle se fit dangereuse comme la fleur datura qui pétrifie les jambes, elle se fit grande blessure impossible à soigner sans s'y greffer à vie, elle se fit pince coupante le serrant juste assez pour napper le plaisir.
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Longtemps, je me considérais comme de passage dans cet En-ville, avec dans l'idée d'entreprendre, sitôt mes poches bien pleines, un Noutéka des mornes… pauvre épopée de mon pauvre Esternome… Je me la ressassais dans ces lits misérables ou j'inspirais de la poussière… […] la misère des cœurs soucieux de s'y grandir […], pauvre épopée, levée complice d'une amertume
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À lire aussi de Patrick Chamoiseau
Vers cette époque, je commençais à écrire, c'est dire : un peu mourir. Le sentiment de la mort fut encore plus présent quand je me mis à écrire sur moi-même, et sur Texaco. Je vidais ma mémoire dans d'immobiles cahiers sans en avoir ramené le frémissement de la vie qui se vit, et qui, à chaque instant, modifie ce qui s'était produit.
Et-puis la parole tourbillonna jusqu'au secret de nous-même…ô inconnue… vertige de monde… une clameur de langues, de peuples, de manières qui se touchaient entre elles, se mêlaient, posaient intactes chaque brillance singulière au scintillement des autres.
es céhéresses furent mis en déroute par des foules négresses jaillies […] de là où l'on mâchait des petites roches sans pain. Ces quartiers bridés en dehors de l'En-ville enfourchèrent cette tremblade pour clamer leur douleur et abattre les ferrements que l'En-ville leur posait. […] On incendia des voitures et des commissariats. On éleva des barrages nocturnes. Des bandes hurlantes défolmantaient le monde.
L'urbaniste occidental voit dans Texaco une tumeur à l'ordre urbain. Incohérente. Insalubre. Une contestation active. Une menace. On lui dénie toute valeur architecturale ou sociale. Le discours politique est là dessus négateur. En clair c'est un problème. Mais raser c'est renvoyer le problème ailleurs, ou pire : ne pas l'envisager. Non, il nous faut congédier l'Occident et réapprendre à lire : réapprendre à inventer la ville. L'urbaniste ici-là, doit se penser créole avant même de penser.
Dans la même œuvre
La sève du feuillage ne s'élucide qu'au secret des racines.
Porter la liberté est la seule charge qui redresse bien le dos.
Je voulais qu'il soit chanté quelque part dans l'écoute des générations à venir, que nous nous étions battus... pour nous conquérir nous-mêmes.
Savoir parler c'est savoir retenir la parole. Parler vraiment c'est d'abord astiquer du silence. Le vrai silence est un endroit de La Parole.
Vers cette époque, je commençais à écrire, c'est dire : un peu mourir. Le sentiment de la mort fut encore plus présent quand je me mis à écrire sur moi-même, et sur Texaco. Je vidais ma mémoire dans d'immobiles cahiers sans en avoir ramené le frémissement de la vie qui se vit, et qui, à chaque instant, modifie ce qui s'était produit.