Je ne crois pas qu'il y ait des coupables. L'homme est tellement mal armé pour la vie que le supposer coupable, c'est presque en faire un surhomme. Je n'en veux pas plus à un chef d'Etat d'être Rastignac orgueilleux, de tout sacrifier à sa petite gloriole, que je n'en veux à un clochard de vivre sous les ponts et, quand il en a l'occasion, de chiper un portefeuille. Il y a des gens que la société pousse au crime.
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Les pauvres sont habitués à refréner l'expression de leur désespoir, parce que la vie les attend, le travail, les nécessités de tous les jours, de toutes les heures.
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Je ne suis pas coquet. Je me soucie assez peu de l'élégance. Mais peut-être à cause de cela, j'ai horreur de me singulariser.
Car un personnage de roman, c'est n'importe qui dans la rue, c'est un homme, une femme quelconque. Nous avons tous, tant que nous sommes, tous les instincts de l'humanité en nous. Mais ces instincts, nous en réfrénons tout au moins une partie, par honnêteté, par prudence, par éducation, parfois simplement parce que nous n'avons pas l'occasion d'agir autrement. Le personnage de roman, lui, ira jusqu'au maximum de lui-même et mon rôle à moi, romancier, est de le mettre dans une situation telle qu'il y soit forcé. C'est facile, vous voyez. Et il n'est pas besoin de trouver une histoire. Simplement, des hommes, des êtres humains dans leur cadre, dans leur ambiance. Le petit coup de pouce qui les met en marche.
Je vous félicite, cher monsieur Bernanos, d'avoir eu un tel père.
Tout est comédie, et toute comédie a eu sa répétition.