Le verbe est le vrai sang de la nation française. La langue est notre sang.

À lire aussi de Alexis Jenni

J'aime ta peau ; c'est l'unique sujet. Je tourne autour depuis cent pages et j'ai l'impression de ne pas l'avoir encore dit, tout en l'ayant dit mille fois, mais de côté, par allusion, en digressant, et toutes les digressions reviennent au point de départ: j'aime ta peau, je ne sais pas toujours comment le dire, mais le sentiment que j'en éprouve est un sentiment de beauté, qui heureusement est inépuisable
Par le toucher seulement, on sait que l'on n'est pas seul. En nous touchant, nous nous incorporons
Quand elle est bien faite, la peinture se voit avec les mains. Mais bien faite ne signifie pas bien coloriée sans dépasser les traits, bien ressemblante à ce qu'elle doit représenter, ou toute autre qualité qui mérite une bonne note, une bonne place aux concours académiques, non : cela signifie qu'elle touche celui qui la regarde au-delà de ce que lui montrent ses yeux.
Les livres naissent de ce que l'on ne sait pas dire. Si on savait, on dirait, et il n'y aurait pas de livres; on n'y penserait même pas. Mais voilà, on ne sait pas dire, et c'est une inquiétude, puis très vite un manque, et enfin un désir; et le livre vient, qui est tout entier l'effort pour dire, bien que l'on ne puisse pas.
Le sentiment de la beauté est très particulier, il donne à boire et étanche la soif, il entretient la soif et il redonne toujours à boire. La beauté emporte dans un ravissement profond et paradoxal, qui reste identique à lui-même, et n'arrête jamais.
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Dans la même œuvre

Le silence après la guerre est toujours la guerre.
Il m'apprit que le vide est préférable au plein car le plein ne bouge plus, mais que le plein est existence et qu'il faut se résoudre à rompre le vide.
Le ciel est si grand qu'il se loge dans les toutes petites choses.
Dire ne suffit pas, montrer est nécessaire.
On nait à tout âge dans les livres.