Le suprême effort de l’écrivain comme de l’artiste n’aboutit qu’à soulever partiellement pour nous le voile de laideur et d’insignifiance qui nous laisse incurieux devant l’univers. Alors il nous dit : « Regarde, regarde, parfumés de trèfle et d’armoise, serrant leurs vifs ruisseaux étroits, les pays de l’Aisne et de l’Oise. Regarde la maison de Zélande rose et luisante comme un coquillage, regarde ! Apprends à voir ! » Et à ce moment il disparaît. Tel est le prix de la lecture et telle est aussi son insuffisance. C’est donner un trop grand rôle à ce qui n’est qu’une initiation d’en faire une discipline. La lecture est au seuil de la vie spirituelle; elle peut nous y introduire : elle ne la constitue pas.

À lire aussi de Marcel Proust

Le moi de l'écrivain ne se montre que dans ses livres.
Notre sagesse commence où celle de l’auteur finit, et nous voudrions qu’il nous donnât des réponses, quand tout ce qu’il peut faire est de nous donner des désirs.
Raconter les événements, c'est faire connaître l'opéra par le livret seulement; mais si j'écrivais un roman je tâcherais de différencier les musiques successives des jours.
Nous ne connaissons jamais que les passions des autres, et que ce que nous arrivons à savoir des nôtres, ce n'est que d'eux que nous avons pu l'apprendre.
... La flatterie n'est parfois que l'épanchement de la tendresse et la franchise la bave de la mauvaise humeur.
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Dans la même œuvre

Il semble que le goût des livres croisse avec l'intelligence, un peu au-dessous d'elle, mais sur la même tige, comme toute passion s'accompagne d'une prédilection pour ce qui entoure son objet, a du rapport avec lui, dans l'absence lui en parle encore.
La lecture est au seuil de la vie spirituelle; elle peut nous y introduire: elle ne la constitue pas.
Tant que la lecture est pour nous l'initiatrice dont les clefs magiques nous ouvrent au fond de nous-mêmes la porte des demeures où nous n'aurions pas su pénétrer, son rôle dans notre vie est salutaire.
De ce que les hommes médiocres sont souvent travailleurs et les intelligents souvent paresseux, on en peut pas conclure que le travail n'est pas pour l'esprit une meilleure discipline que la paresse.
... la lecture est une amitié.