Je m'étais rendu compte que les gens connaissaient le mot « inceste », mais qu'ils n'avaient aucune idée de la chose. Ils utilisaient le mot comme un mot étranger, vide, sans le connaître. Donc, il fallait le définir en images, et en perceptions. C'est ça faire apparaître le réel, et faire disparaître le discours. Les mots jusque-là mal agencés ou trop bien agencés qui recouvrent les choses. Je pense à Beckett dans L'innommable : « Je vais le leur arranger moi leur charabia. » Leur charabia c'est le discours social, la soi-disant écoute, l'injonction à dire. Alors que c'est l'impossible. L'injonction qui infériorise. Le réel n'est pas fait pour être dit. Il est là, il se contente de ça. Il est le vrai, c'est tout.
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Le rêve des filles de l'époque était d'épouser quelqu'un qui leur permettait de rester chez elles. De ne pas être obligées de travailler.
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Tu te souviens du poème de Victor Hugo ? « Oh l'amour d'une mère, amour que nul n'oublie… Chacun en a sa part et tous l'ont tout entier… ? » Bon. Ça, c'est l'amour entre une mère et son enfant. Il ne meurt jamais. Il ne finit jamais. C'est un amour éternel. L'amour entre un homme et une femme c'est autre chose. Il peut ne pas être éternel. Mais il est très fort aussi.
Comme c'est triste de renoncer un jour à être aimé. Comme c'est triste d'être écrivain, comme c'est triste d'écrire des livres, comme c'est triste de croire qu'on vous a compris. Comme c'est triste d'être aimé des faibles.
Ecrire ce n'est pas une seule chose. Ecrire c'est tout. Dans la limite. Toujours. De la vie, de soi, du stylo, de la taille et du poids.
Il n'y a rien de pire que l'indifférence comme disent toujours les attachés de presse.
Dans la même œuvre
Il est là mon plus beau collier. C'est les deux bras de ma petite fille.
- Voyons. Comment t'expliquer ? L'amour pour son enfant, c'est un amour très très grand. Immense. Sûrement le plus grand, si vraiment on devait dire quel est le plus grand. Mais il n'est pas de la même nature.
Tu te souviens du poème de Victor Hugo ? « Oh l'amour d'une mère, amour que nul n'oublie… Chacun en a sa part et tous l'ont tout entier… ? » Bon. Ça, c'est l'amour entre une mère et son enfant. Il ne meurt jamais. Il ne finit jamais. C'est un amour éternel. L'amour entre un homme et une femme c'est autre chose. Il peut ne pas être éternel. Mais il est très fort aussi.
Les gens veulent l'amour conjugal parce qu'il leur apporte un bien être, une certaine paix. C'est un amour prévisible puisqu'ils l'attendent , qu'ils l'attendent pour des raisons précises. Un peu ennuyeux, comme tout ce qui est prévisible. La passion amoureuse, elle, est liée au surgissement. Elle brouille l'ordre, elle surprend.
La passion amoureuse, elle, est liée au surgissement. Elle brouille l'ordre, elle surprend.