Le patriarcat bande mou. Quelque chose est pourri au royaume de la flaque, les indices et symptômes croissent et se multiplient. A se regarder jouir de son impunité, le mâle alpha n'a pas vu surgir l'obsolescence de ses propres attributs et fonctions symboliques.

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Le couillidé ne contrôle plus rien mais à part la taille de sa barbe. Les jeunes filles codent et les enfants rient de la fable du chevalier. Évolution des moeurs et des pratiques de vie. Sur les écrans, trop de héros ; dans la réalité, protéger est un verbe qui ne se conjugue plus qu'à l'échec antérieur.
J'écris de chez les vraiment toutes seules. Les orphelines, les nullipares, les célibataires à Paris. Celles sans attaches ni branchée, qui dans le réel flottent. Qui s'écrivent à la craie, leur vie faite de falaises, qui ne savent pas qui prévenir en cas d'accident. J'écris de chez les sans-famille, celles qui doivent s'inventer chaque jour. De chez celles qui en rigolent, c'est une question de principe. La faiblesse est toujours une maladie honteuse.
J'avais trop peu d'amis pour me crever chez eux. Et je suis bien élevée. On ne meurt pas chez les gens ce n'est pas très poli.
J’écris de chez les féministes hétéros qui se maquillent. Je serais volontiers restée chez les lesbiennes, mais on ne fait pas toujours ce qu’on veut. J’ai été homosexuelle pendant dix-huit mois, un peu avant l’Apocalypse de 2012. J’écrivais alors de chez les High-Fem. C’est comme ça qu’on appelle les lesbiennes qui se maquillent et portent des escarpins.
Ce qui est intéressant c’est de voir la réception du mot « féministe » à travers les âges, et on ne s’en sort toujours pas, il y a encore du mépris ou du dédain dans le terme de « féministe ». C’est pour ça qu’il faut qu’on s’en ré-empare, qu’on en refasse une force vive et un mot qui porte la révolution. Il faut que le « nous » soit constitué, c’est en ayant un « nous » fort que ça peut marcher, c’est pour ça qu’il faut de la solidarité et de la sororité.
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A se regarder jouir de son impunité, le mâle alpha n'a pas vu surgir l'obsolescence de ses propres attributs et fonctions symboliques.
Vigueur, combativité, courage, maîtrise : les canons occidentaux antiques sont en cours de fossilisation. Le mâle alpha s’éteint, ses pouvoirs s'amenuisent. L'époque est historique et les faits indéniables.
Les critères et fictions virilistes se périment à mesure que la technologie se substitue à l'humain. Force et puissance physiques : les muscles de ces messieurs, l'automation s'en branle, drones et exosquelettes partout se greffent et se déploient.
Les formes et stratégies d'oppressions séculaires s'avèrent déjà inefficaces. Intimider un algorithme ne relève pas plus de l'envisageable que de culpabiliser une base de données. Les logiciels sont insensibles au chantage affectif, l'intelligence artificielle hermétique aux effets de la testostérone.
Au contact de la quatrième révolution industrielle, la phallocratie devient soluble : tous égaux devant le chômage et les applications de rencontre. Des corps usés, nervures dissoutes, de la viande au rabais qui à force de râteaux s'est tellement attendrie, c'est dur de distinguer l'identité sexuelle de la chair à pâtée, quel que soit le marché sur lequel elle évolue.