J'écris de chez les vraiment toutes seules. Les orphelines, les nullipares, les célibataires à Paris. Celles sans attaches ni branchée, qui dans le réel flottent. Qui s'écrivent à la craie, leur vie faite de falaises, qui ne savent pas qui prévenir en cas d'accident. J'écris de chez les sans-famille, celles qui doivent s'inventer chaque jour. De chez celles qui en rigolent, c'est une question de principe. La faiblesse est toujours une maladie honteuse.
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Ce qui est intéressant c’est de voir la réception du mot « féministe » à travers les âges, et on ne s’en sort toujours pas, il y a encore du mépris ou du dédain dans le terme de « féministe ». C’est pour ça qu’il faut qu’on s’en ré-empare, qu’on en refasse une force vive et un mot qui porte la révolution. Il faut que le « nous » soit constitué, c’est en ayant un « nous » fort que ça peut marcher, c’est pour ça qu’il faut de la solidarité et de la sororité.
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À lire aussi de Chloé Delaume
Vigueur, combativité, courage, maîtrise : les canons occidentaux antiques sont en cours de fossilisation. Le mâle alpha s’éteint, ses pouvoirs s'amenuisent. L'époque est historique et les faits indéniables.
Au contact de la quatrième révolution industrielle, la phallocratie devient soluble : tous égaux devant le chômage et les applications de rencontre. Des corps usés, nervures dissoutes, de la viande au rabais qui à force de râteaux s'est tellement attendrie, c'est dur de distinguer l'identité sexuelle de la chair à pâtée, quel que soit le marché sur lequel elle évolue.
Le terme sororité implique l'horizontal , ce n'est pas un décalque du patriarcat. L'état de soeur neutralise l'idée de domination, de hiérarchie, de pyramide. La qualité de sœur, expériences , âges multiples, le cercle est de paroles qui s'écoutent en égales. Différentes mais égales.
Le langage a toujours été une chasse gardée. Qui possède le langage possédera le pouvoir.
Dans la même œuvre
Ce livre est un appel, plus qu’un essai, c’est une sorte de livraison d’un intime qui essaie de réfléchir à ce que c’est qu’être féministe aujourd’hui. J’appartiens à une génération où la construction de la femme n’était pas si simple. La construction de l’identité est faite de plein de facettes et surtout d’expériences. J’ai écrit une trentaine de livres et j’avais besoin de faire le point sur l’endroit d’où je parle, sur ce que je suis devenue et par où je suis passée.
Au début, je voulais écrire une pièce de théâtre car je voulais parler aux gens clairement, et comme je m’emberlificotais dans la préparation de cette pièce, au bout d’un moment je me suis dit : on arrête les machineries, les expérimentations, les systèmes et les complications stylistiques et on va à l’essentiel c’est-à-dire, juste parler, ce qui est un peu nouveau pour moi. Je voulais montrer à quel point le performatif est effectif chez moi, je suis vraiment devenue celle que je voulais, indépendamment du déterminisme social, des traumas pas toujours évidents à gérer et de ma bipolarité. C’est une conquête de territoire corporel finalement.
J’aime assez l’idée d’assister à une époque historique, c’est un mouvement un peu irrémédiable, la force fait quand même plier, il y a une volonté de masse, quelque chose de l’ordre de la révolution des moeurs, et il n’y a que comme ça que ça peut se passer. Les lois ne pourront pas empêcher les violences conjugales, c’est par les moeurs qu’il faut que ça passe. Avant de punir, il faut qu’on arrive à neutraliser le phénomène.