Le désert est un endroit où il faut perdre du temps, un endroit qui se mérite. On ne peut pas être dans la performance ou la virtuosité.

À lire aussi de Raymond Depardon

Le fou et le photographe sont quand même assez proche. C'est quand même un peu une folie de faire sa valise, d'emporter des films vierges, un appareil, de prendre un avion, de côtoyer des hommes d'affaires ou des gens qui voyagent pour des raisons sentimentales.
Mais je refuse de parcourir le monde pour assouvir ce besoin obsessionnel, presque névrotique, que nous avons, nous photographes, à fixer, capturer l'histoire des êtres vivants, et remplir systématiquement nos photographies de figurants, habitants de la Terre, comme si nous étions en charge de rassurer la planète qu'elle est bien peuplée d'individus.
Je pense que le propre d'un photographe c'est de trahir le réel . Il faut simplement maîtriser cette trahison, et il faut qu'elle soit en cohérence avec soi même.
Il faut aimer la solitude pour être photographe.
J'ai peur de beaucoup de choses. J'ai peur de la solitude et j'ai peur aussi de décevoir, j'ai peur de mal aimer ou d'aimer mal. J'ai peur de toucher la main d'une jeune femme, j'ai peur de l'embrasser, j'ai peur de faire l'amour avec elle, j'ai peur de faire une photo de guerre, j'ai peur aussi des mots quelquefois.
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Dans la même œuvre

On va aussi dans le désert pour marcher, pour la philosophie, pour l'espace. Il y a tellement de déserts. On peut se sentir seul, se retrouver.
L'errance n'est ni le voyage ni la promenade mais cette expérience du monde qui renvoie à une question essentielle : qu'est-ce que je fais là ? Pourquoi ici plutôt qu'ailleurs ? Comment vivre le plus longtemps possible dans le présent, c'est-à-dire être heureux ? Comment se regarder, s'accepter ? Qu'est-ce que je suis, qu'est-ce que je vaux, quel est mon regard ?
Le fou et le photographe sont quand même assez proche. C'est quand même un peu une folie de faire sa valise, d'emporter des films vierges, un appareil, de prendre un avion, de côtoyer des hommes d'affaires ou des gens qui voyagent pour des raisons sentimentales.
Cette solitude est nécessaire pour le regard. Je dis souvent que je suis comme un petit garçon en voyage, dans ma solitude de voyageur.
Dans un voyage, on évolue, on change, on se transforme. Et souvent, on rentre et tout est annulé par le retour.