« Pourquoi vous faites ces photos ? » Je restai silencieux, il n’insista pas. La question ne m’était pas destinée. Elle n’avait été ni murmurée ni posée à haute voix, on aurait dit un souffle de vent échappé de vents déchaînés et lointains, nous frôlant à peine et continuant sa course à travers champ. »

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Un matin, comme ça, après s'être lavé des larmes de la nuit et avoir demandé au ciel où était son ami Takeshi, il avait baissé la tête et senti d'autres larmes lui monter. Revenu dans la maison, il prit son bol de thé, et, à travers la vapeur, il dit: « Où vont les âmes, madame Taïmaki ? »
Je m’endormis et rêvai aux bâches avec lesquelles nous avions recouvert les morts, cette nuit-là, et dans mon rêve elles se soulevaient et nous pensions que c’était le vent et nous avions beau planter les piquets elles se soulevaient encore. Nous les retenions avec nos mains mais une force plus grande continuait de les soulever et chacun au fond de lui savait que c’étaient les morts qui poussaient avec leurs jambes grises.
Soudain je me penchai vers Collins et lui dis dans un demi-sommeil et sans vraiment réfléchir : Collins, qu’est-ce que nous avons vu là-bas ?
Un vent léger apporta l’odeur d’un chèvrefeuille, et soudain je fus accablé de solitude comme sous le hangar. Une solitude sans début et sans fin. Je la devais sûrement à la beauté de la clairière, de la lumière déclinante et du lointain vrombissement des avions.
L'écho du coup de feu semblait graver l'air, semblait s'en aller et revenir, sans arrêt, comme un orage qui aurait tourné autour de la terre.
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L'écho du coup de feu semblait graver l'air, semblait s'en aller et revenir, sans arrêt, comme un orage qui aurait tourné autour de la terre.
Je m'endormis et rêvai aux bâches avec lesquelles nous avions recouverts les morts, cette nuit-là, et dans mon rêve elles se soulevaient et nous pensions que c'était le vent et nous avions beau planter les piquets elles se soulevaient encore. Nous les retenions avec nos mains de toutes nos forces mais une force plus grande continuait de les soulever et chacun au fond de lui savait que c'étaient les morts qui poussaient avec leurs jambes grises.
Un vent léger apporta l’odeur d’un chèvrefeuille, et soudain je fus accablé de solitude comme sous le hangar. Une solitude sans début et sans fin. Je la devais sûrement à la beauté de la clairière, de la lumière déclinante et du lointain vrombissement des avions.
Le ciel était sombre, et l'orée des sapins qui nous entouraient plongée dans le noir. À mesure que le crépitement des flammes baissait, j'avais l'impression que des bruits inconnus montaient de la forêt.
Les prisonniers avançaient sur la route dans l'éclat du soleil en rangs presque réglementaires et on aurait dit qu'ils respiraient d'une même voix et ils ne regardaient jamais sur le côté et ne fixaient pas la route non plus mais un point invisible à travers le dos de ceux qui les précédaient et ce qui m'avait penser à la rivière en crue c'étaient les centaines d'assiettes de gourdes et de quarts en fer-blanc qui s'entrechoquaient et coupaient l'air brûlant.