À un moment donné, les feuilles se recroquevillent, les branches s’affaissent et la plante devient une chose misérable. La vie l’a déjà abandonnée. Nos corps subissent le même processus quand l’âme les quitte.
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« Ce qui est sacré dans la science, c’est la vérité », écrivait Simone Weil. Mais quelle est la vérité lorsqu’on interroge les mêmes données, partage les mêmes modèles et arrive à des conclusions opposées ?
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A Milan, on a fermé les écoles, les universités, les musées, les théâtres, les salles de sport. Je reçois sur mon téléphone portable des photos de la désolation dans les rues du centre-ville. Le 15 août, un 2 mars. Ici, à Rome, on respire encore un air de normalité, mais c’est une normalité conditionnée. Partout, on perçoit l’arrivée du changement.
La contagion est donc une invitation à réfléchir. La quarantaine en offre l’occasion. Réfléchir à quoi ? Au fait que nous n’appartenons pas seulement à la communauté humaine. Nous sommes l’espèce la plus envahissante d’un fragile et superbe écosystème.
On peut tomber malade d'un souvenir ; elle, elle était tombée malade de cet après-midi-là, dans la voiture, devant le parc, quand elle avait placé son visage devant le sien pour lui ôter de la vue ce lieu d'horreur.
J'essaie maintenant d'imaginer que le virus arrive là […] parce que nous ne nous sommes pas assez démenés pour le contenir, parce que nous voulions à tout prix nous rendre à la fête d'anniversaire de notre ami. Qui assumera alors la responsabilité de notre fatalisme privilégié ?
Dans la même œuvre
J'ai décidé d'employer ce vide à écrire. Pour tenir à distance les présages et trouver une meilleure façon de réfléchir à tout cela. L'écriture a parfois le pouvoir de se muer en un lest qui ancre au sol. Ce n'est pas tout : je ne veux pas passer à côté de ce que l'épidémie nous dévoile de nous-mêmes. Une fois la peur surmontée, les idées volatiles s'évanouiront en un instant – il en va toujours ainsi avec les maladies.
Pour le virus, l'humanité entière se partage en trois groupes : les susceptibles, c'est-à-dire tous ceux qu'il pourrait encore contaminer ; les infectés, c'est-à-dire ceux qu'il a déjà contaminés ; et les rejetés, ceux qu'il ne peut plus contaminer.
La meilleure décision n'est pas celle que j'ai prise en fonction de mon intérêt exclusif. La meilleure décision est celle qui considère mon intérêt et en même temps celui de tous les autres. Bref, je regrette, mais ce sera pour plus tard.
Dans la contagion, nous sommes un organisme unique. Dans la contagion, nous redevenons une communauté.
Je cherche une formule concise, un slogan à mémoriser, et je le trouve dans un article de Science datant de 1972 : More is different : (Plus est différent).