Les élèves inconnus ou devinés, comme les lecteurs présents voire futurs, dans leur indétermination, sont une chance pour qui croit avoir quelque chose à dire.
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La parole de mon père demandait à parler par moi, comme elle n'avait jamais parlé, au-delà de nos deux forces réunies. Elle me niait, me demandait mon aide pour se consacrer à elle-même, et je voulais cela (c'est pourquoi je n'apparais presque pas dans ces pages).
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À lire aussi de Pierre Pachet
Je me sens en effet très juif, par l'héritage religieux, historique et culturel que j'ai reçu. Pas dans l'écriture elle-même, qui est passionnément française, plutôt dans mes préoccupations morales, dans ma gratitude inentamée envers le don de la vie, en dépit des désastres.
J'ai reçu le choc des livres venus de l'Europe de l'Est, de leur intelligence aiguë et comme aguerrie par la dureté des épreuves subies, de leur humour (je pense à Gombrowicz). Et cela vaut aussi pour l'émergence, pendant toutes ces années, d'œuvres que l'oppression avait tenues sous le boisseau : celles d'Akhmatova, de Tsvétaieva, de Boulgakov, de Chalamov, ou plus modestement, de l'étonnant Journal des années 30 et 40 de Mihail Sebastian.
Oui, j'aime les formes d'écriture qui restent perméables, ouvertes aux intrusions, aux incises, aux reprises, aux mouvements imprévus et météorologiques de la pensée et des émotions. Tels peuvent être l'essai, le journal intime, ou les récits qui enclosent aussi des occasions de réflexion. N'étant pas capable de construire des univers fictifs, et je le regrette, c'est autour du mystérieux domaine « intime » (qui n'est pas nécessairement autobiographique, parce qu'il s'agit aussi d'une intimité avec le lecteur inconnu) que j'ai construit ou plutôt laissé se développer mes livres.
Les hommes s'endorment journellement avec une audace qui serait inintelligible si nous ne savions qu'elle est le résultat de l'ignorance du danger.
Dans la même œuvre
Sans doute est-il nécessaire que je m'explique, moi Pierre Pachet, sur le texte étrange qu'on va lire et pour lequel j'ai tenu la plume. Quel est le sens de ce projet, et comment l'ai-je réalisé ? Dans l'enfance, je m'ennuyais beaucoup (…) Seule ma mère avait la sympathie et la finesse nécessaires pour me comprendre et m'aider(…) Mon père, lui, n'émergeait de son travail que pour rechercher le repos, en « s'allongeant » ou en partant se promener. Mais l'ennui, chez moi, ne voulait pas des promenades.
Tu t'ennuies ? Tu n'as qu'à avoir une vie intérieure ! Alors tu ne t'ennuieras jamais…
Mon nom est Simcha, qui veut dire “joie” en hébreu. Je ne puis m'empêcher de le rapprocher de celui d'un de mes illustres contemporains, auquel je pense avoir tant à reprocher, Sigmund Freud : car tel est aussi, à peu près, le sens de son patronyme. Il suffit de voir nos photographies, ou ma figure, pour comprendre que ces noms ne nous ont pas porté chance, à moins de considérer que la joie est restée en nous bien secrète.