L'amour de ceux que nous n'aimons pas se dépose à la surface de nos pensées et s'évapore en toute hâte.
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La nature préfère les croissances vertigineuses, ou résolument plus douces, les exposants et les logarithmes. La nature est par nature non linéaire.
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Cette pensée l’effleurait surtout le soir, dans l’entrelacement chaotique d’images qui précède le sommeil, quand l’esprit est trop faible pour se raconter des mensonges.
Quand les quotidiens ont décidé de ne plus publier le nombre des contagions sur leur page d’accueil, j’ai éprouvé un sentiment de mécontentement et de trahison. J’ai commencé à en consulter d’autres. Dans la contagion, l’information transparente n’est pas un droit : c’est une prophylaxie essentielle. Plus un Susceptible est informé – sur les chiffres, les lieux, la concentration de patients dans les hôpitaux –, plus son attitude sera appropriée au contexte.
J’ai décidé d’employer ce vide à écrire. Pour tenir à distance les présages et trouver une meilleure façon de réfléchir à tout cela. L’écriture a parfois le pouvoir de se muer en un lest qui ancre au sol. Ce n’est pas tout : je ne veux pas passer à côté de ce que l’épidémie nous dévoile de nous-mêmes. Une fois la peur surmontée, les idées volatiles s’évanouiront en un instant – il en va toujours ainsi avec les maladies.
Dans la contagion, on se dispute surtout à propos de la différence entre le Covid-19 et la grippe saisonnière. Mais aussi à propos des mesures de confinement, jugées trop faibles ou excessives. Il en est ainsi depuis le début : il y a, d’un côté, les gens qui soulignent la propension du virus à vous envoyer à l’hôpital ; de l’autre, ceux qui en parlent comme d’un rhume très surévalué. Ceux qui disent de se laver les mains un peu plus souvent que d’habitude, rien de plus, et ceux qui demandent que le pays entier soit placé en quarantaine. « Selon les experts », « la parole aux experts », « mais les experts pensent que ».
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J'ai décidé d'employer ce vide à écrire. Pour tenir à distance les présages et trouver une meilleure façon de réfléchir à tout cela. L'écriture a parfois le pouvoir de se muer en un lest qui ancre au sol. Ce n'est pas tout : je ne veux pas passer à côté de ce que l'épidémie nous dévoile de nous-mêmes. Une fois la peur surmontée, les idées volatiles s'évanouiront en un instant – il en va toujours ainsi avec les maladies.
Pour le virus, l'humanité entière se partage en trois groupes : les susceptibles, c'est-à-dire tous ceux qu'il pourrait encore contaminer ; les infectés, c'est-à-dire ceux qu'il a déjà contaminés ; et les rejetés, ceux qu'il ne peut plus contaminer.
La meilleure décision n'est pas celle que j'ai prise en fonction de mon intérêt exclusif. La meilleure décision est celle qui considère mon intérêt et en même temps celui de tous les autres. Bref, je regrette, mais ce sera pour plus tard.
Dans la contagion, nous sommes un organisme unique. Dans la contagion, nous redevenons une communauté.
Je cherche une formule concise, un slogan à mémoriser, et je le trouve dans un article de Science datant de 1972 : More is different : (Plus est différent).