L'histoire ne s'intéresse qu'aux faits, les émotions, elles, restent toujours en marge. Ce n'est pas l'usage de les laisser entrer dans l'histoire. Moi, je regarde le monde avec les yeux d'une littéraire et non d'une historienne. Je suis étonnée par l'être humain...

À lire aussi de Svetlana Alexievitch

Dans les écoles soviétiques, on nous enseignait que l'homme est foncièrement bon. Qu'il est magnifique. Aujourd'hui encore ma mère croit que ce sont les circonstances horribles qui nous rendent horribles. Mais que l'homme est bon. Mais ce n'est pas vrai...Non ce n'est pas vrai! Toute sa vie, l'homme est ballotté entre le bien et le mal.
Vous savez, j'ai réfléchi à une chose : le socialisme ne résout pas le problème de la mort. De la vieillesse. Du sens métaphysique de la vie. Il n'en tient pas compte. Il n'y a que la religion qui donne des réponses...Ah, si j'avais dit une chose pareille en 1937...!
Les femmes russes n'ont jamais vécu avec des hommes normaux. Elles leur servent de médecins, elle les soignent. Elles considèrent l'homme un peu comme un héros, et un peu comme un enfant. Elles sont là pour le sauver. Aujourd'hui encore, elles continuent à jouer ce rôle.
Ma mère disait que le malheur est le meilleur des professeurs.
C'est toujours cela qui m'attire, ce petit espace - l'être humain... Un être humain. En réalité, c'est là que tout se passe.
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Nous avons connu les camps, nous avons couvert la terre de nos cadavres pendant la guerre, nous avons ramassé du combustible atomique à mains nues à Tchernobyl. Et maintenant nous nous retrouvons sur les décombres du socialisme. Comme après la guerre...
Mais il y a de nouveau des dizaines de milliers de gens qui descendent dans la rue. Qui se tiennent par la main. Ils ont des rubans blancs sur leurs vestes. Un symbole de renaissance. De lumière. Et je suis avec eux.
A présent, le monde n'est plus divisé en ceux qui ont fait de la prison et ceux qui les y ont envoyés, ou en ceux qui ont lus Soljénitsyne et ceux qui ne l'ont pas lu, mais en ceux qui peuvent acheter, et ceux qui ne le peuvent pas.
Après Staline, chez nous, on ne voit plus la mort de la même façon... On se souvient des frères qui tuaient leurs frères... Des exécutions massives de gens qui ne savaient pas pourquoi on les assassinait... C'est resté en nous, ça, c'est toujours présent dans notre vie. Nous avons grandi parmi des bourreaux et des victimes...
Nous avons grandi parmi des bourreaux et des victimes... Pour nous, c'est normal de vivre ensemble. Il n'y a pas de frontière entre l'état de paix et l'état de guerre. Quand on allume la télé, tout le monde parle la langue des truands : les hommes politiques, les hommes d'affaires, et... le président. Graisser la patte, verser des pots-de-vin, des bakchichs... une vie humaine, ça ne vaut pas un pet de lapin. Comme dans les camps...