L’espace public a longtemps été, et il l’est encore dans de nombreux pays, profondément hostile à la présence des femmes. Car si elles sont entre quatre murs, c’est aussi parce qu’on se méfie d’elles. A l’intérieur, la femme vit sous surveillance. A combien de jeunes filles dit-on : « C’est l’école et la maison » ? On ne craint rien autant que la fille qui traîne, la fille des rues, qui erre sans but et qui met en danger sa vertu.

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Pour la première fois depuis longtemps, elle éprouve un désir gratuit, futile, égoïste. Un désir d'elle-même.
Le destin est vicieux comme un reptile, il s'arrange toujours pour nous pousser du mauvais côté de la rampe
Elle voudrait n'être qu'un objet au milieu d'une horde, être dévorée, sucée, avalée tout entière. Elle veut être une poupée dans le jardin de l'ogre.
Sa femme paraissait s'épanouir dans cette maternité animale. Cette vie de cocon, loin du monde et des autres, les protégeait de tout
A présent que le Maroc est confiné, je me demande si les hommes pensent un peu à toutes celles qui ont intégré l’idée qu’on allait de la maison au travail, du travail au marché, du marché à la maison
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« On ne va quand même pas croire à ces conneries », ai-je entendu. Il faut bien y croire puisque c’est là, puisque nous voilà cloîtrés, calfeutrés. Puisque jamais l’avenir n’a paru aussi incertain. Nous sommes confinés. J’écris cette phrase mais elle ne veut rien dire. Il est 6 heures du matin, le jour pointe à peine, le printemps est déjà là. Sur le mur qui me fait face, le camélia a fleuri. Je me demande si je n’ai pas rêvé. Ça ne peut pas être. Cela ressemble aux histoires qu’on invente à Hollywood, à ces films que l’on regarde en se serrant contre son amoureux, en cachant son visage dans son cou quand on a trop peur. C’est le réel qui est de la fiction.
Le confinement ? Pour un écrivain, quelle aubaine ! Soyez certain que dans des centaines de chambres du monde entier s’écrivent des romans, des films, des livres pour enfants, des chansons sur la solitude et le manque des autres. Je pense à mon éditeur qui va crouler sous les manuscrits. « Chronique du coronavirus », « Quarante-cinq jours de solitude ».
J’aime la solitude et je suis casanière. Il m’arrive de passer des jours sans sortir de chez moi et quand je suis en pleine écriture d’un roman, je m’enferme pendant des heures d’affilée dans mon bureau. Je n’ai pas peur du silence ni de l’absence des autres. Je sais rester en repos dans ma chambre. Je ne peux écrire qu’une fois mon isolement protégé.
Depuis vendredi 13 mars, je suis à la campagne, dans la maison où je passe tous mes week-ends depuis des années. Pour éviter que mes enfants côtoient ma mère, il a fallu trouver une solution. Nous nous sommes séparés, sans savoir dans combien de temps nous nous reverrions. Ma mère est restée à Paris et nous sommes partis. D’habitude, nous remballons le dimanche soir. Les enfants pleurent, ils ne veulent pas que le week-end se finisse. Nous les portons, endormis, dans la cage d’escalier de notre immeuble. Mais ce dimanche, nous ne sommes pas rentrés. La France est confinée et nous restons ici.
Et je me demande ce que nos descendants penseront des hommes que nous avons été. Quelle image ils se feront de cette époque où la vie, comme une vague, s’est retirée du monde.