Il navigue dans le noir des mers, où les noyés sont alignés. Les noyés portent le poids des boulets attachés à leurs cous.
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L'espérance innommable grandissait, que les lois de France juguleraient les békés.
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À lire aussi de Edouard Glissant
Marie Celat baignait souvent dans ce champ sans limite, en sorte qu'il lui arrivait d'oublier ce que nous appelons le temps.
Elle noyée vive au plus fond de cet entonnoir où presque elle étouffait : alors elle souffrit la première cassure dans la voix – non pas la voix qu'on lève à tout venant sans y penser mais la lame qu'on murmure dans la tête et qui retentit derrière le cœur avec le bruit d'une ravine qui débonde – et elle vit les mots défiler au – devant d'elle et la traverser, tout de même que si elle n(avait été qu'une véranda noire ouverte dans cette nuit.
Ajoutons – et ce sera la meilleure des conclusions – que notre hôpital psychiatrique nous est envié dans toute la Caraïbe et que certains des gouvernements indépendants du voisinage ont entrepris des démarches auprès de nos services, ainsi qu'au ministère à Paris, en vue d'obtenir ici l'hospitalisation de grands psychotiques qu'ils ne peuvent faire soigner chez eux, étant donné les moyens dont ils disposent.
Pythagore se réveillait parfois (mais il était sans doute le seul) quand le hasard de l'installation le rapprochait de Cinna Chimène et il restait longtemps à pressentir dans le noir la forme du corps de la petite fille, tout empli de ce renflement de l'ombre qui lui rappelait à chaque fois le premier moment de surprise sous le quénettier. Ainsi apprit – il avant l'heure ce qu'est la méditation nocturne et combien de visions peut susciter une forme devinée dans un lointain si touchable.
Dans la même œuvre
A force de dédain objectif, l'Anglais respecte les peuples qu'il a dominés. A force de «dépassement universel», le colonisateur français, chaque fois que les circonstances le lui auront permis, dégrade par assimilation le colonisé qu'il régente.
Elle traversait des bouffées d'absence, ses égarements.
Marie Celat, descendant ainsi avec Mathieu et papa Longoué ce chemin du désherbement, se sentait enlevée loin de la vie et des bords du jour, criait dans sa tête que tout n'avait aucun sens. Elle éprouvait ce trou au – delà duquel nul n'étendait sa pensée, où elle avait pourtant regardé.
Marie Celat baignait souvent dans ce champ sans limite, en sorte qu'il lui arrivait d'oublier ce que nous appelons le temps.
On conte qu'elle refusa de voir le corps de Donou, qu'elle balbutia quelque chose sur la surface des eaux, la surface des eaux profondes, et qu'elle tomba en léthargie.