L’avenir du français, je le vois comme une évolution permanente. Les fautes d’un jour deviennent les règles du lendemain. Dans toutes les époques, on a dit que la langue était foutue et que personne ne parlait bien.

À lire aussi de Alain Rey

J’étais un enfant catholique surveillé comme tel. J’ai joué le jeu jusqu’à 14 ans. Puis j’ai eu l’impression que ce régime-là était uniquement fait pour gêner, empêcher, interdire.
Une langue est faite pour exprimer le monde, il faut qu'elle s'enrichisse sans cesse pour coller au réel.
Aujourd'hui, la circulation des mots par l'intermédiaire des médias est complètement mémorisée et accessible par la numérisation. Les chiffres de Google ne sont pas forcément fiables, mais leurs ordres de grandeur oui. Quand le terme « selfie » revient à des millions d'occurrences, on ne pas faire comme s'il n'existait pas. Notre critère est donc la fréquence d'emploi, mais en dessous d'un certain seuil, il y a des choix idéologiques qui se font, autour de l'importance du concept. Le dictionnaire n'a pas le droit de passer à côté de certains termes.
Je regarde le monde à travers des lunettes merveilleuses que sont les langues.
Barthes a écrit: « La langue est fasciste. » Je lui avais dit que c’était une ineptie. En revanche, il est vrai qu’on peut se servir de la langue pour avoir un discours fasciste.
Toutes les citations de Alain Rey →