Je suis parfois à deux doigts de lui dire que l'on passe sa vie à chercher la liberté et qu'on n'a de cesse, comme elle avec ce mariage, de s'enfermer. Qu'elle se trompe si elle croit qu'une alliance au doigt la rendra plus sage, plus intelligente, plus constante. Mais j'ai appris que l'expérience des autres n'a jamais servi à rien. D'ailleurs, on se demande bien si on apprend de sa propre expérience.

À lire aussi de Nathacha Appanah

Mon coeur est ouvert, comme le ciel, mon coeur est le ciel.
Cette nuit fond sur le jour en laissant des trainées roses et mauve orange. Ce ciel, par-dessus les toits, ressemble à un morceau de soie chatoyant.
Je lave de ma langue les mots qui blessent, je gobe entière la colère, je frotte avec mon corps la surface de notre amour pour qu'il soit de nouveau lisse et velouté.
Je n'ai toujours pris conscience de la valeur des choses qu'après, quand le moment est passé, quand ce n'est que du passé et que désormais il ne me reste plus que mélancolie et souvenirs.
Quand je sors en rampant, dans le ciel sont inscrits des mots étranges, des mots indéchiffrables, des mots que les étoiles ont dessinés et la lune bouge de droite à gauche comme un laser et elle plonge dans la baie et disparaît dans la mer et je sais que je suis entré dans un autre monde, une autre dimension et que plus jamais je ne serai comme avant.
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Dans la même œuvre

Je passe ma vie à chercher les mots justes, les mots qui ne veulent pas dire quelque chose d'autre, qu'on ne pourrait remplacer par un synonyme parce que sinon tous les mots finiraient par dire la même chose.
À côté d'eux, il y a une vieille dame avec un visage très doux. Parfois l'âge réussit cela, au lieu de creuser les traits, il les adoucit, les rides font des sourires aux yeux, la peau devient duveteuse et douce comme celle d'un bébé avec simplement les sillons en plus, les paupières se sont un peu affaissées sur les yeux mais juste assez pour effacer la dureté du regard.
Avec l'âge, je deviens superstitieuse. Je m'accroche, je me rassure des hasards, je me fabrique des gris-gris avec les heures qui passent, des porte-bonheur avec les matins bleus et je me dis que l'orage viendra laver les regrets.
J'avais trente ans à ce moment-là, et je pensais souvent à la mort aussi, comme une adolescente. Non pas que j'étais particulièrement malheureuse, non. Je trouvais l'idée de mourir jeune assez séduisante. Dire stop, avouer que l'avenir fait trop peur et que je n'ai pas trouvé la recette pour sautiller gaiement tous les jours. Je ne sais plus qui a dit que nous naissons tous en croyant à tort être ici sur terre pour être heureux.
Je ne sais plus qui a dit que nous naissons tous en croyant à tort être ici sur terre pour être heureux.