Le passé est la seule chose qu'on puisse changer et je suis sûr qu'il avait moins peur de l'avenir que de son passé.
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Je ne pouvais plus voir un sourire ou entendre un rire, dehors, dans les rues, au parc, au café, partout, les rires transperçaient mes tympans et restaient bloqués dans mes oreilles, ils résonnaient à l'intérieur de mon crâne pour le reste de la journée, bloqués dans mon crâne, dans mes yeux, sous mes lèvres - comme si les rires existaient contre moi
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J'appartenais au monde de ces enfants qui regardent la télévision le matin au réveil, jouent au football toute la journée dans les rues peu fréquentées, au milieu de la route, dans les pâtures qui s'étendent derrière leur maison ou en bas des blocs, qui regardent la télévision, encore, l'après-midi, le soir pendant des heures, la regardent entre six et huit heures par jour.
Il fallait fuir. Mais d'abord, on ne pense pas spontanément à la fuite par qu'on ignore qu'il existe un ailleurs. On ne sait pas que la fuite est une possibilité. On essaye dans un premier temps d'être comme les autres, et j'ai essayé d'être comme tout le monde.
Les études, l'idée des études avait émergé beaucoup plus tard, quand j'avais compris qu'elles seraient à peu près le seul chemin possible, ou au moins le seul chemin qui me permettrait de m'éloigner non seulement géographiquement, socialement, donc totalement de mon passé... Il n'y avait que les études qui me permettaient une fuite totale.
De mon enfance je n'ai aucun souvenir heureux. Je ne veux pas dire que jamais, durant ces années, je n'ai éprouvé de sentiment de bonheur ou de joie. Simplement la souffrance est totalitaire : tout ce qui n'entre pas dans son système, elle le fait disparaître.
Dans la même œuvre
Je sentais que si une chose n'était pas dite au moment où elle devait l'être elle disparaissait, sans possibilité de retour, irréversiblement, la vérité s'éloignait, s'échappait
La haine n'a pas besoin d'individus particuliers pour exister mais uniquement de foyers pour se réincarner.
La honte est en fait la forme de mémoire la plus vive et la plus durable, une modalité supérieure de la mémoire, une mémoire qui s'inscrit au plus profond de la chair, à croire, que les plus vifs souvenirs d'une vie sont toujours ceux de la honte.
Je me rendais compte que les mensonges étaient la seule force qui m'appartenait vraiment, la seule arme à laquelle je pouvais faire confiance, sans condition. Ma guérison est venue de cette possibilité de nier la réalité.
Ma guérison est venue de cette possibilité de nier la réalité.