Tout le monde connaît, au moins de réputation, le théâtre national de l'Opéra. J'ai eu le regret de constater qu'il n'avait pas changé : pour le passant mal prévenu, ça ressemble toujours à une gare de chemin de fer ; une fois entré, c'est à s'y méprendre une salle de bains turcs.
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Je n'insisterai pas sur ce qu'il y a d'impossibilité historique à ce que Wagner soit le premier compositeur de l'Allemagne. Alors, Bach ? C'est un homme qui a eu beaucoup d'enfants? Beethoven ? en est un autre qui avait si mauvais caractère qu'il prit le parti de devenir sourd afin de mieux ennuyer ses contemporains avec ses derniers quatuors. Quant à Mozart, il vaut mieux n'en pas parler, c'est un petit voluptueux qui a écrit Don Juan pour embêter l'Allemagne.
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Je n'aime pas les spécialistes. Pour moi, se spécialiser, c'est rétrécir d'autant son univers.
Voir le jour se lever est plus utile que d'entendre la Symphonie pastorale.
L'art est le plus beau des mensonges.
Vendredi Saint. Ce jour-là, les concerts symphoniques deviennent « spirituels », on n'a jamais su pourquoi, étant donné qu'on y joue spirituellement les mêmes choses.
Dans la même œuvre
Il faut débarrasser la musique de tout appareil scientifique. La musique doit humblement chercher à faire plaisir ; il y a peut-être une grande beauté possible dans ces limites. L'extrême complication est le contraire de l'art.
Il faut que la beauté soit sensible, qu'elle nous procure une jouissance immédiate, qu'elle s'impose ou s'insinue en nous sans que nous ayons aucun efforts à faire pour la saisir. Voyez Léonard de Vinci, voyez Mozart. Voilà de grands artistes !
Il faut [...] n’écouter les conseils de personne, sinon du vent qui passe et nous raconte l’histoire du monde.
Wagner, si l'on peut s'exprimer avec un peu de la grandiloquence qui lui convient, fut un beau coucher de soleil que l'on a pris pour une aurore.
On ne flirte pas à l'Opéra on crie très fort des mots incompréhensibles si l'on y échange des serments, c'est avec l'assentiment des trombones : logiquement, les nuances changeantes d'un sentiment doivent s'y perdre parmi tant de clameur obligée.