J'ai toujours l'impression que je suis encore en train de sortir d'un camp... Longtemps, j'ai eu du mal à habiter un endroit fixe. J'étais un errant. Il me fallait juste un arbre, face à moi, pour que je puisse me poser et vivre.

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Je suis aussi, je suis surtout quelqu'un qui doute. De tout. Sauf de mon amour pour les animaux et les hommes et les arbres.
Ce qui a changé ma vie, mon écriture, ça a été le passage d'une conception du monde à une autre totalement différente. C'était lorsque je suis passé de la physique classique à la physique quantique.
J'ai rêvé d'un théâtre citoyen, qu'on pourrait régénérer grâce à un échange avec le monde du travail. Dieu sait qu'on en a organisé des " prises de parole " dans les cantines, les préaux ! Mais que signifient-elles, quand la parole des ouvriers est gangrenée par celle des classes possédantes ? On s'est rendu compte, aussi, que le théâtre et l'usine appartenaient à la même logique : celle du remplissage de la salle ou de produits.
Pour moi, le théâtre n'est jamais la fabrication d'un produit. ce qui élimine trois choses : le tiroir- caisse, les acteurs et les spectateurs. Que reste-t-il? L'essentiel, l'aventure du langage.
J'écris pour changer le passé.
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Dans la même œuvre

Je suis, depuis l'enfance, fasciné par les arbres. Quand j'ai été arrêté dans le maquis, je portais un manuscrit où j'avais commencé à décrire le fantastique destin d'arbres partant à la conquête du ciel... Les gendarmes français qui nous ont pris en Corrèze ont, hélas, cru qu'il s'agissait d'un texte codé pour Londres ! Mes trois camarades et moi avons été condamnés à mort.
Le soir, Ruben s'est approché : " Tu écris, toi, non ? Pourquoi donc écris-tu ? " Je me suis entendu lui répondre : " Pour changer le passé. " Je fais toujours la même chose, cinquante ans plus tard. Tant qu'on ne changera pas le passé, tant qu'on ne s'acharnera pas à le penser autrement, on ne pourra vivre le présent.
Tant qu'on ne changera pas le passé, tant qu'on ne s'acharnera pas à le penser autrement, on ne pourra vivre le présent.
J'ai toujours nargué mes bourreaux en leur déclamant des poèmes, de Nerval à Pierre Louÿs... Ils me prenaient pour un dingue, me bourraient de coups pour me faire taire, mais ne me tuaient pas. Parce que je ne me taisais jamais. J'étais devenu leur distraction, une sorte de phénomène.
Au début de chaque atelier, je demande aux stagiaires de se poser et de répondre publiquement à la question " Qui je suis ? ". C'est le point de départ de toute création. Car il ne s'agit pas pour moi de leur faire simuler des personnages, mais de leur permettre, au contraire, de les assumer à travers leur propre langage, puis de se hisser par le travail, la lecture, l'écriture, jusqu'à la force de la poésie. Le premier jour, je dis toujours : " Au commencement était le verbe, et le verbe était Dieu. Voulez-vous être Dieu avec moi ? "