Il faut boire avec modération, fumer en se cachant, penser sans écarts, parler sans déraper. Pourquoi a-t-on encore le droit de manger épicé ?

À lire aussi de Sylvain Tesson

Il est temps d'abattre à la hache de la poésie la muraille derrière laquelle pleurent les fées de l'enfance européenne, prisonnières de la grotte aux hirondelles qu'avait su retrouver Yourcenar, cette fée immortelle.
Leurs plumes servent aux oiseaux à tracer des lignes dans le ciel.
Pour les vagues, le rivage est une ligne d'arrivée.
La ville: gueule de bois des êtres ivres de nature.
Le chasseur fait payer à l'oiseau de voir plus loin que lui.
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Dans la même œuvre

Dans l'escalier régnait la fraîcheur. L'odeur de la pierre, aqueuse, métallique, n'avait probablement pas changé depuis le XIIe siècle, date de la construction de Notre-Dame. Cette senteur de fleur morte, je l'ai sentie souvent dans les grottes karstiques où je bivouaquais au milieu des calanques de Cassis... Je crois à la mémoire des pierres. Elles absorbent l'écho des conversations, des pensées. Elles incorporent l'odeur des hommes...
Tout être qui ne réussit pas à peser sur son destin se venge en devenant néfaste.
J'observais les touristes de Notre-Dame. Tous prenaient des photos, des millions de photos, sans discontinuer. Pas un ne regardait Paris de son oeil. Ils brandissaient un écran entre le monde et eux. Y avait-il encore la place pour l'éclosion d'un souvenir, d'une pensée ?
J'observais les touristes de Notre-dame. Tous prenaient des photos, des millions de photos, sans discontinuer. Pas un ne regardait Paris de son oeil. Ils brandissaient un écran entre le monde et eux. Y avait-il encore la place pour l'éclosion d'un souvenir, d'une pensée? Ces gens devaient gober les discours sur la "réalité augmentée" ânonnés par les marchands de gadgets. Ce bluff technologique, comme disait Jacques Ellul, me rendait triste. Il siphonnait la joie de vivre, il asséchait la fantaisie, le mystère de l'homme et sa poésie vive. De quoi avaient ils peurs, ces braves visiteurs, pour s'abriter derrière leurs blindages portatifs ?
Le masochisme des alpinistes est-il de souffrir pour atteindre les sommets ou de redescendre dans le monde des hommes, une fois là-haut ?