Il criait que ce n'était pas vrai, que nous n'avions pas combattu pour mériter notre nouveau lot ; et quand on lui racontait comment un atelier avait entouré sans une seule arme le corps de la Milice et obligé les soldats à se rendre, comment la grande – ville là – bas au pied du volcan avait été balayée du seul grand vent des Nègres, quand on lui montrait les estropiés, il s'entêtait seulement à répéter : Sa pa vré, sa pa vré.

À lire aussi de Edouard Glissant

On conte qu'elle refusa de voir le corps de Donou, qu'elle balbutia quelque chose sur la surface des eaux, la surface des eaux profondes, et qu'elle tomba en léthargie.
Les engagés blancs ne s'intéressaient pas à elle, rebutés par l'annonce de son état ; le propriétaire attendait la naissance du nouvel esclave, tout ravi de cette augmentation de capital qui n'avait entraîné aucune dépense ni demandé quelque aménagement que ce fût.
Les Américain entreprenaient de nettoyer le ciel au – dessus de Cap Canaveral, ils rejetaient sur la Caraïbe tous les détritus climatiques de l'espace.
Jusqu'à l'époque où elle prononça cet anathème sur les mères qui étouffent leurs enfants, sur les frères qui marquent les frères comme des mulets d'habitation. Qu'est – ce qu'elle raconte, mais vraiment qu'est – ce qu'elle raconte ? [...] L'unanimité se fit contre elle, pour conclure qu'avec de telles idées la folie n'est pas loin.
Il ne savait pas (et il ne savait pas que Mycéa le savait déjà : il ne connaissait pas vraiment l'enfant) que les livres n'ont cessé de mentir pour le meilleur profit de ceux qui les produisirent ; que ce pays qu'il désirait connaître, il eût fallu le retrouver en lui – même, par delà toute description et tout détail.
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A force de dédain objectif, l'Anglais respecte les peuples qu'il a dominés. A force de «dépassement universel», le colonisateur français, chaque fois que les circonstances le lui auront permis, dégrade par assimilation le colonisé qu'il régente.
Elle traversait des bouffées d'absence, ses égarements.
Marie Celat, descendant ainsi avec Mathieu et papa Longoué ce chemin du désherbement, se sentait enlevée loin de la vie et des bords du jour, criait dans sa tête que tout n'avait aucun sens. Elle éprouvait ce trou au – delà duquel nul n'étendait sa pensée, où elle avait pourtant regardé.
Marie Celat baignait souvent dans ce champ sans limite, en sorte qu'il lui arrivait d'oublier ce que nous appelons le temps.
On conte qu'elle refusa de voir le corps de Donou, qu'elle balbutia quelque chose sur la surface des eaux, la surface des eaux profondes, et qu'elle tomba en léthargie.