Et puis quoi, t'imaginais tout de même point que je vais te débarquer, je suis pas assez malin pour ça. Prends un type qu'est vraiment malin, c'est bien rare qu'il soit un bon gars.

À lire aussi de André Schwarz-Bart

Nos yeux reçoivent la lumière d'étoiles mortes.
Les voix mouraient une à une le long du poème inachevé ; déjà, les enfants expirants plantaient leurs ongles dans les cuisses d'Ernie, en un suprême recours, et déjà l'étreinte de Golda se faisait plus molle, ses baisers s'estompaient, quand s'accrochant farouche au cou de l'aimé elle exhala en un souffle discordant :
Il pensa aux montagnes de chair partie en fumée et il crut que sa respiration s'arrêtait. Il se planta devant le miroir et dit ; « Que fais-tu là, ta place n'est pas ici, tu sais bien où est ta place. Elle est avec les tiens ; tu es un juif mort. »
Ils avaient tous des yeux comme je n'en avais jamais vu et comme j'espère, j'en verrai jamais plus de cette vie. Et quand je t'ai vu pour la première fois (...) J'ai tout de suite reconnu tes yeux. Tu comprends ?
L'Éternel voit aujourd'hui ce qui ne s'est jamais vu, depuis deux mille ans d'exil : revêtus d'armures étrangères, parlant des langues différentes et adorant des idoles sans visage, les Juifs se tuent entre eux ! Malédiction !... » Et s'asseyant à même le sol, le Juste couvrit ses cheveux blancs de poussière et se balança en poussant des cris d'animal blessé.
Toutes les citations de André Schwarz-Bart →

Dans la même œuvre

Nos yeux reçoivent la lumière d'étoiles mortes. Une biographie de mon ami Ernie tiendrait aisément dans le deuxième quart du XXe siècle ; mais la véritable histoire d'Ernie Lévy commence très tôt, vers l'an mille de notre ère, dans la vieille cité anglicane de York. Plus précisément le 11 mars 1185.
Nos yeux reçoivent la lumière d'étoiles mortes.
Nos malheureux frères sont devenus français, allemands, turcs et chinois peut-être, s'imaginant que cessant d'être juifs ils en finiraient avec la souffrance.
Ils avaient tous des yeux comme je n'en avais jamais vu et comme j'espère, j'en verrai jamais plus de cette vie. Et quand je t'ai vu pour la première fois (...) J'ai tout de suite reconnu tes yeux. Tu comprends ?
Ainsi donc, cette histoire ne s'achèvera pas sur quelque tombe à visiter en souvenir. Car la fumée qui sort des crématoires obéit tout comme une autre aux lois physiques : les particules s'assemblent et se dispersent au vent, qui les pousse. Le seul pèlerinage serait, estimable lecteur, de regarder parfois un ciel d'orage avec mélancolie. Et loué. Auschwitz. Soit. Majdanek. L'Éternel. Treblinka. Et loué. Buchenwald. Soit. Mauthausen. L'Éternel. Belzec. Et loué. Sobibor. Soit. Chelmno. . L'Éternel. Ponary. Et loué. Theresienstadt. Soit. Varsovie. L'Éternel. Vilno. Et loué. Skaryzko. Soit. Bergen-Belsen. L'Éternel. Janow. Et loué. Dora. Soit. Neuengamme. L'Éternel. Pustkow. Et loué…