Cette épidémie semble m’avoir pris la tête plus qu’elle ne le devrait. Je suis plutôt hypocondriaque, je demande un soir sur deux à ma femme de me tâter le front, pourtant il ne s’agit pas de ça. Je n’ai pas peur de tomber malade. De quoi, alors ? De tout ce que la contagion risque de changer. De découvrir que l’échafaudage de la civilisation que je connais est un château de cartes. J’ai peur de la table rase, mais aussi de son contraire : que la peur passe en vain, sans laisser de trace derrière elle.

À lire aussi de Paolo Giordano

Personne n’aime être exclu. Et savoir que notre séparation du monde est transitoire ne suffit pas à effacer notre souffrance. Nous éprouvons un besoin désespéré d’être avec les autres, parmi les autres, à moins d’un mètre des personnes qui ont de l’importance pour nous. C’est une exigence constante qui ressemble à la respiration.
On peut tomber malade d'un souvenir elle, elle était tombée malade de cet après-midi-là, dans la voiture, devant le parc, quand elle avait placé son visage devant le sien pour lui ôter de la vue ce lieu d'horreur.
Essayons d'imaginer ce qui se passerait – ce qui se passera – si le Covid?19 se répandait impétueusement dans des régions d'Afrique où les structures hospitalières sont plus déficientes que les nôtres. Où les structures hospitalières sont totalement inexistantes.
Je cherche une formule concise, un slogan à mémoriser, et je le trouve dans un article de Science datant de 1972 : More is different : (Plus est différent).
Tout est malade dehors, disait-il. Tu ne le vois pas ? Tu ne vois pas que nous avons tout abîmé ?
Toutes les citations de Paolo Giordano →

Dans la même œuvre

J'ai décidé d'employer ce vide à écrire. Pour tenir à distance les présages et trouver une meilleure façon de réfléchir à tout cela. L'écriture a parfois le pouvoir de se muer en un lest qui ancre au sol. Ce n'est pas tout : je ne veux pas passer à côté de ce que l'épidémie nous dévoile de nous-mêmes. Une fois la peur surmontée, les idées volatiles s'évanouiront en un instant – il en va toujours ainsi avec les maladies.
Pour le virus, l'humanité entière se partage en trois groupes : les susceptibles, c'est-à-dire tous ceux qu'il pourrait encore contaminer ; les infectés, c'est-à-dire ceux qu'il a déjà contaminés ; et les rejetés, ceux qu'il ne peut plus contaminer.
La meilleure décision n'est pas celle que j'ai prise en fonction de mon intérêt exclusif. La meilleure décision est celle qui considère mon intérêt et en même temps celui de tous les autres. Bref, je regrette, mais ce sera pour plus tard.
Dans la contagion, nous sommes un organisme unique. Dans la contagion, nous redevenons une communauté.
Je cherche une formule concise, un slogan à mémoriser, et je le trouve dans un article de Science datant de 1972 : More is different : (Plus est différent).