Ce matin, en regardant les livres sur mes étagères, je me disais qu'ils n'ont pas conscience de mon existence. Ils ne prennent vie que parce que je les ouvre et tourne leurs pages, et pourtant ils ne savent pas que je suis leur lecteur.

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Il se mettait à me parler de son passé comme si le cours des mots, de ses mots, recréait une réalité qu'il savait ou sentait malgré tout, irrémédiablement perdue.
Il y a ceux qui, lorsqu'ils lisent un livre, se souviennent, comparent, évoquent des émotions éprouvées lors de lectures précédentes, observait l'écrivain argentin Ezequiel Martínez Estrada. C'est une des plus délicates des formes d'adultère.
Une autre des subversions de Borges, c'est l'idée que chaque livre, quel qu'il soit, contient la promesse de tous les autres, à la fois mécaniquement et intellectuellement.
Dire qu'un auteur est un lecteur, ou un lecteur un auteur, considérer un livre comme un être humain ou un être humain comme un livre, décrire le monde comme un texte ou un texte comme le monde, sont autant de façons de nommer l'art du lecteur.
Tous sont des lecteurs, et leurs gestes, leur savoir-faire, le plaisir, la responsabilité et le pouvoir que leur procure la lecture, sont également les miens.
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