C’était désormais comme ça partout : à force de vouloir se prévenir des critiques et tenir compte de tous les avis, ne froisser aucun groupe ni aucune minorité et éviter tout commentaire négatif, plus personne n’osait bouger le petit doigt dans ce pays.

À lire aussi de Bernard Minier

La vie ne peut-elle pas se résumer à la somme de nos désirs et aux stratégies que nous déployons pour les satisfaites- ou au contraire pour les faire taire ?
Tout le monde ou presque sourit sur une photo. Tout le monde joue, désormais, sous l'influence de la médiocrité médiatique globale. Beaucoup même surjouent leur vie comme s'ils trouvaient sur une scène. L'apparence et le kitsch sont devenus la règle.
Ces gosses, c'est nous qui les avons faits tels qu'ils sont, s'était-il dit en refermant le livre. Quel avenir ont-ils ? Aucun. Tout va à vau-l'eau. Des salauds s'en mettent plein les poches et paradent à la télé pendant que les parents de ces gamins se font licencier et passent pour des perdants aux yeux de leurs enfants. Pourquoi ne se révoltaient-ils pas ? Pourquoi ne mettaient-ils pas le feu aux boutiques de luxe, aux banques, aux palais du pouvoir plutôt qu'aux autobus ou aux écoles ?
Comme vous le savez, tout groupe placé dans une situation d'enfermement a tendance à régresser. Ici, non seulement les pensionnaires régressent, dit-il, mais également le personnel, et même les psys.
Ces jeunes, on leur vendait du rêve et du mensonge à longueur de journée. On les leur vendait; on ne les leur donnait pas. Des marchands cyniques auraient fait de l'insatisfaction adolescente leurs fonds de commerce. Médiocrité, pornographie, violence, mensonge, haine, alcool, drogue - tout était à vendre dans les vitrines clinquantes de la société de consommation de masse, et les jeunes offraient une cible de choix.
Toutes les citations de Bernard Minier →

Dans la même œuvre

C’est bien connu : nous touche ce qui nous est proche.
Les femmes qui réussissent dans les métiers où les hommes dominent sont la cible de dix fois plus de critiques que ces mêmes hommes.
Aux yeux de Facebook, la loi de Facebook prévalait sur toute loi dans tous les pays où Facebook était présent et même sur les accords internationaux.
On scrute des galaxies lointaines, on dépense des centaines de milliards de dollars dans l'industrie du cinéma, dans le sport, et on n'est pas foutus de guérir une putain de maladie ? Quel est le con qui a dit que la nature était bien faite.