Auteur

Stanislas Leszczynski

Si le Blason prouve la noblesse du nom que l'on porte, c'est la noblesse du ceour qui rend digne de le porter.
Souvent les revers ôtent le courage, plus souvent la prudence s'éclipse dans les succès.
On compte la durée de la vie par le nombre des années qu'on a vécu, on devrait n'en compter la durée que par l'usage qu'on en fait; tel meurt à cent ans, qui n'a pas commencé à vivre.
Le plus grand plaisir que l'on puisse faire à un homme vain, n'est pas de le louer, mais de l'écouter paisiblement se louer lui-même.
Le mérite ne devrait-il pas être la première distinction? et cependant c'est la dis, tinction qui fait souvent tout le mérite.
On ne comprend bien le mérite des grands hommes, que lorsqu'on est fait soi-même pour le devenir; le génie ne parle qu'au génie.
Deux sortes de gens sont incapables de toute affaire; l'un agit avant de réfléchir, c'est l'étourdi; l'autre réfléchit quand il faudrait agir, c'est le pusillanime.
La modestie est également utile à l'homme qui a du mérite, et à celui qui n'en a pas; dans l'un elle le prouve, daus l'autre elle en cache le défaut.
La valeur est la seule vertu qu'il soit impossible de contrefaire.
Le patriotisme n'est plus que le sentiment de son bien être, et la crainte de le voir troubler.
On s'élève souvent par les plus humiliantes bassesses, ce n'est qu'en rempant que l'on parvient à la grandeur.
L'estime est plus flatteuse que l'amitié, et que l'amour même: elle captive mieux les ceours et ne fait jamais d'ingrats.
C'est souvent gagner un procès que de ne le plus poursuivre.
Le bonheur est un excellent breuvage, plus souvent versé dans des vases de fougère que dans des coupes d'or.
La gaieté est la santé de l'âme, la tristesse en est le poison.
Il faut un peu d'art pour se faire aimer; l'amitié seule n'inspire pas toujours l'amitié.
L'âme veut jouir de tout son être; l'esprit veut savoir; le ceour veut sentir; l'un et l'autre ont leur besoin comme le corps.
Les plaisirs imprévus sont les plus agréables; ils ne sont pas précédés d'une espérance, que dément presque toujours la réalité.
Dans nos disgraces nous sommes bien moins touchés de la part que nos amis y prennent, que nous ne sommes irrités de la joie qu'en conçoivent nos ennemis.
On critique en vain les grands hommes, leur célébrité se charge du soin de les venger
La nature crie aux plus puissants, comme aux plus abjects des hommes, qu'ils sont tous membres d'un même corps.
Le moyen le plus ordinaire de se consoler de son ignorance, c'est de croire inutile tout ce qu'on ne sait pas.
La présomption naît de la médiocrité , aussi naturellement que la modestie vient du mérite.
Combien de gens ne pensent qu'en parlant, et combien plus encore qui parlent toujours sans penser.
Faut-il cesser d'être vertueux pour n'être point exposé aux traits de l'envie? Quel malheur ne serait-ce pas, si le soleil cessait d'éclairer pour ne pas éblouir les yeux faibles ?

Œuvres de Stanislas Leszczynski

Oeuvres du Philosophe bienfaisant (1764)Pensées diverses in Oeuvres choisies de Stanislas I, Roi de PolognePensées philosophiques, morales et politiques