Auteur

Roger Martin du Gard

Il promenait un regard hostile sur ce lieu qu'il avait longtemps considéré comme le plus inviolable des sanctuaires, et que soudain rien ne défendait plus contre l'intrusion.
L'irréparable était accompli. Huit jours plus tôt, elle pouvait encore vivre sans lui. Aujourd'hui, non. Elle était sienne; il l'entraînait dans son sillage.
Tout était juvénile sur ces visages: la roseur de la joue sous la barbe naissante, l'oeil frais derrière le binocle, la gaucherie, la vivacité, le lyrisme des sourires qui proclamaient la joie d'éclore, d'espérer tout, d'exister.
Pour moi, le fond et la forme sont aussi distincts que le lièvre et sa sauce. Est-ce que le lièvre naît en civet?
Les vainqueurs prennent immédiatement les vices des vaincus.
L'intelligence ne mène qu'à l'inaction. C'est la foi qui donne à l'homme l'élan qu'il faut pour agir, et l'entêtement qu'il faut pour persévérer.
Elle avait conscience que sa volonté n'avait pas cessé d'agir sur son destin, et que sa réussite était bien son oeuvre.
Comme les êtres les plus droits peuvent vivre à l'aise dans le mensonge!
Tu avais hérité de ta mère une prédisposition à être malade comme elle.Une prédisposition, tu comprends? rien de plus. C'est-à-dire que, si tu te trouvais dans certaines conditions défavorables, le même mal pouvait s'attaquer à toi.
Comme tous les enfants, il ne vivait que du présent car le passé s'évanouissait tôt dans l'oubli, et l'avenir n'éveillait en lui qu'impatience.
On peut raisonner quand on a trente ans, quand on a la vie devant soi pour changer d'opinion, une sève qui bouillonne, du bonheur plein les veines ! Mais quand on se sent près du terme, on est tout petit devant l'infini.
L'estime n'exclut pas nécessairement l'amitié, mais il semble rare qu'elle contribue à la faire naître. Admirer n'est pas aimer ; et si la vertu obtient la considération, elle n'ouvre pas souvent les coeurs.
Une faute non commise ne peut-elle pas provoquer dans le caractère d'un homme autant de déformations et faire dans sa vie intérieure autant de ravages qu'un crime réel ? Rien n'y manque : pas même les morsures du remords.
Lorsqu'on est décidé à prendre au sérieux la vérité et à suivre notre conscience, il est très difficile d'être de son parti sans être un peu de l'autre.
Le problème de la patrie n'est peut-être, au fond, qu'un problème de langage ! Où qu'il soit, où qu'il aille, l'homme continue à penser avec les mots, avec la syntaxe de son pays.
Je m'étonne que tant d'écrivains puissent se résoudre à ce que leur oeuvre périsse en eux, sans être sortie. J'imagine que mourir en laissant une oeuvre, ce n'est plus mourir autant, aussi totalement.
Mais est-ce qu'il n'est pas pénible de penser que tout l'effort d'une vie individuelle viendra peut-être se perdre dans les alluvions anonymes d'une génération ?
Tout est permis du moment qu'on n'est pas dupe de soi-même du moment qu'on sait ce qu'on fait, et, autant que possible, pourquoi on le fait.
L'estime n'exclut pas nécessairement l'amitié, mais il semble rare qu'elle contribue à la faire naître. Admirer n'est pas aimer et si la vertu obtient la considération, elle n'ouvre pas souvent les coeurs.
Cherche patiemment quel est l'essentiel de ta nature.

Œuvres de Roger Martin du Gard

Correspondance avec A.GideJean BaroisJean Barois (1913)Jean Barois (1913), II, L'âge critiqueJean Barois (1913), II, Le calmeJean Barois (1913), Le goût de vivreJournal de guerreJournal, 17 mars 1942Les ThibaultLes Thibault, La Belle Saison (1923)Les Thibault, l'Epilogue (1937)Les Thibault, l'Epilogue (1940)Les Thibault, l'Eté 1914 (1936)Les Thibault, la Consultation (1928)Les Thibault, la Mort du père (1929)Les Thibault, la Sorellina (1928)Les Thibault, le Pénitencier (1922)Un TaciturneVieille France (1933)