Auteur

Roger Judrin

Je t'aime, c'est-à-dire que j'aime en toi la différence qui nous empêche d'être différents.
On ferme les yeux d'un mort, afin de ne plus voir qu'ils ne nous voient plus.
Le livre d'une vie est d'autant plus noir que les pages en sont blanches.
On ne se prépare pas plus à mourir qu'on ne s'était préparé à vivre.
La mort est si peu notre affaire, que personne ne s'enterre soi-même.
Les morts ne seraient à plaindre que s'ils assistaient à leur enterrement.
Ignorez-vous que, dans le dernier voyage, il n'y a pas de voyageur?
Nous serons ce que nous étions avant d'avoir été.
Dans les jeunes étreintes on a peur de donner la vie; dans les dernières, on redoute de donner la sienne.
Que d'écrivains ne sont immortels qu'avant leur mort!
La foi... une aveugle qui donne des yeux à l'espérance.
La difficulté d'écrire en prose vient de la facilité qu'a M. Jourdain pour en faire.
Venant de soi, on peut venir de loin.
Lorsque Dieu veut instruire de leur néant les idolâtres d'eux-mêmes, il se contente d'éterniser les adieux qu'ils disent à leur moi.
Le sage fait son deuil de sa mort.
Il ne suffit pas que de bons sentiments soient faux pour que de mauvais sentiments soient vrais.
On s'aperçoit de ce qu'on cherchait après qu'on a trouvé ce qu'on ne cherchait pas.
La sincérité est trop facile pour que la vérité ne soit pas difficile.
La vieillesse nous paraîtrait naturelle, si l'âme n'était que l'idée du corps.
La soudaineté du dernier voyage nous épargne le poids des valises.

Œuvres de Roger Judrin

Chemin de braise (1981)Miroir d'ombre (1981)Ténèbres d'or (1979)