Certains visages semblent avoir été modelés par d'habiles caresses, d'autres par des caresses maladroites.
A vivre longtemps, on devrait finir par savoir s'augmenter en se simplifiant.
On se donne tant de mal pour acquérir le moindre petit bien matériel que l'on dispute aux autres, et l'on passe négligent à côté des profusions de l'esprit que l'on pourrait ne ravir à personne.
La jeunesse n'est pas une question d'âge. C'est une réponse de l'esprit.
Le rire nous déride, sauf de ses propres rides.
Trop grandes ou trop petites, les mesures ne peuvent que faire souffrir.
Les pauvres d'idées ruinent tout progrès en accusant de confusion les prodigues, lesquels, parce qu'ils pensent plusieurs choses à la fois, peuvent n'en choisir qu'une à bon escient.
Si la jeunesse a tort de trop se contempler, la vieillesse n'a pas toujours raison de fuir son image.
Il ramène ses idées en avant, comme ses cheveux, pour faire croire qu'il est jeune.
La vieillesse contient la jeunesse, chez les uns comme un écrin, chez les autres comme un cercueil.
Au nom du père sans enfant, du fils sans père et de l'esprit sans sainteté, je désespère. Au nom des fleurs sans eau, des épis sans lumière, des bêtes sans collier, qui survivent, j'espère.
Dès que du lit on fait litière, on passe de la paille au fumier.
Pour ne pas s'épuiser, l'amour doit conserver le sens de l'épuisable. L'assurance de la durée absolue se supporte mal, et c'est elle pourtant que nous voulons acquérir. Ne l'acquérons donc pas une fois pour toutes. Distillons la certitude...
Hypocrisie, la politesse, disent les impolis pour se justifier. Mais il ne tient qu'à eux de la rendre sincère. La politesse qui n'est que politique prouve déjà une délicatesse dans la ruse. On ne justifie pas l'impolitesse par le souci de sincérité.
La vie est un devoir sans brouillon.
Puisque dans le blanc se résolvent toutes les couleurs, ne cherchons pas à égaliser dosages et tons de nos actes.
L'avenir s'édifie sur des ruptures et des renouements naturels qu'aucun homme n'est capable d'éviter. Le progrès se fait autant par les impossibilités de refus que par les volontés d'acquiescer.
L'insulte au cadavre est le plus grand des déshonneurs que l'absurdité puisse infliger au vivant.
La puissance sur soi appartient à ceux qui savent écouter et se taire. La puissance sur l'autre à ceux qui savent parler, après avoir écouté.
Aimer, c'est s'aimer en l'autre, bien sûr, mais ce doit être d'abord aimer l'autre en soi aux deux sens du pronom réfléchi. Sinon l'on croit aimer quelqu'un, et l'on ne fait que s'aimer dans le regard reçu.
Ce qui fait le saint, c'est d'abord le sourire, mais c'est le sourire aussi qui fait le diable. Rien que de naturel puisque les deux sourires jaillissent de l'essence, là le vrai, ici le mensonge.
Mieux vaut encore souffrir de la présence que de l'absence de l'être aimé.
S'il est vrai que la meilleure part appartient à qui donne et non à qui reçoit, nous pouvons sans ironie regretter que ceux auxquels nous donnons sachent parfois si peu nous donner puisque, les aimant, nous leur souhaitons le meilleur.
Providentiellement, les difficultés d'un foyer peuvent être interprétées comme une forme de l'aventure.
Quand le cirque est parti, reste le rond sur l'herbe des champs de foire. On y voit des enfants rêveurs qui jouent au dompteur ou à l'écuyère. Par l'illusion ils ont le don des fuites et des refus, mais ils se soumettent à la piste.
Œuvres de Robert Mallet