Auteur

Paul Morand

Il y a des romans fleuves qui ne sont en aucun point navigables.
L'avarice c'est un péché qui rapporte.
On blesse l'amour propre, on ne le tue pas.
Pour la plupart des gens, l'amour est devenu si ennuyeux qu'on se met à plusieurs pour en venir à bout.
Bien écrire, c'est le contraire d'écrire bien.
Les miroirs sont des glaces qui ne fondent pas; ce qui fond, c'est qui s'y mire.
J'ai longtemps cru qu'il fallait coucher avec une femme pour la bien connaître; mais si elle couche, c'est qu'elle vous aime; or, l'amour, c'est le pire des déguisements.
Tôt ou tard, nous devrons répondre à cet appel des ténèbres, aller voir ce qu'il y a derrière cette impérieuse mélancolie qui sort des saxophones.
Je n'ai jamais considéré comme une catastrophe de sombrer avec mon temps.
Pour l'agrément, on n'en a jamais avec les hommes: ou ils sont salauds, et on pleure; ou ils sont caressants, et on bâille.
Venise se noie, c'est ce qui pouvait lui arriver de plus beau.
Avec une minuscule, c'est un corps de jolie femme; avec une majuscule, c'est un corps de vieux barbons.
Les machines sont les seules femmes que les Américains savent rendre heureuses.
Les gratte-ciel sont les tabernacles de la réussite; réussite financière, aussi agréable au Dieu des Puritains qu'une prière. Comme une flèche de cathédrale, ils tendent vers le ciel d'un élan à la fois mystique et économique.
Six pachydermes blancs, avec cet air offusqué, hostile et ébloui des albinos ...
Mon père passait pour être «à son aise»; cette aisance venait de ce qu'il n'avait pas de besoins.
Shannon, très Irlandais, assez gueux, a cependant l'air si «plein aux as» qu'on l'appelle Milord.
Assez de ces maisons droites comme un cri, de ces automobiles, toutes semblables.
Shannon avait une belle désinvolture irlandaise et un bagout qui désarmait.
Chacun renonça spontanément à avoir barre sur l'autre, à utiliser les supériorités que la nature lui avait données.
Par un plafond d'albâtre et des lampes d'argent tombe une lumière mate, que tout absorbe, sauf les plateaux de nacre burgautée, qui la renvoient en jouant.
Presque toujours, les dîners de moins de huit ou dix personnes se terminent au spectacle; la plupart des cabarets de nuit offrent de véritables revues.
Ici tout est bon marché, clinquant et camelote, sauf les boutiques d'objets religieux.
Le droguiste du village, représentant de la maison de T.S.F., vint poser lui-même mon appareil. Je n'entendais rien que des sifflets, des couinements, de la friture.
Une palmeraie, à l'horizon; les plus hauts palmiers écouvillonnent le ciel.

Œuvres de Paul Morand

1900 (1931)Bouddha vivant (1927)CarnetsChronique du XXe siècle, II. Bouddha vivant (1927)Chronique du XXe siècle, IV. Champion du monde (1930)Eloge du reposExcursions immobiles (1944)Fermé la nuit (1923)Isabeau de BavièreJournal d'un attaché d'ambassadeJournal inutile 1968-1972, 10 mai 1971Journal inutile 1968-1972, 10 novembre 1969Journal inutile 1968-1972, 14 septembre 1971Journal inutile 1968-1972, 15 novembre 1971Journal inutile 1968-1972, 16 décembre 1969Journal inutile 1968-1972, 17 mars 1969Journal inutile 1968-1972, 17 novembre 1972Journal inutile 1968-1972, 17 septembre 1971Journal inutile 1968-1972, 18 juillet 1968Journal inutile 1968-1972, 19 août 1972