Auteur

Mouloud Feraoun

En Algérie il était pris dans cette alternative : ou devenir instituteur, ce qui signifiait l'aisance pour toute la famille, ou redevenir berger.
Il y a sûrement beaucoup de honte à être heureux, non pas à la vue de certaines misères mais lorsque le bonheur semble narguer. Ce défaut les Kabyles ne l'ont pas. Par pudeur le riche se cache pour bien manger et le pauvre pour avoir faim à son aise.
L'enfant ne fait pas grand cas en général de la tendresse de ses parents. C'est pour lui chose acquise. Il n'y pense même pas, il s'en lasse lorsqu'on le gâte.
Dans les familles nombreuses, les frères sont tous rivaux.
En Algérie il était pris dans cette alternative : ou devenir instituteur ,ce qui signifiait l'aisance pour toute la famille , ou redevenir berger.
J'ai su par la suite qu'on peut donner dans les écoles un enseignement attrayant, qu'on peut instruire les enfants en les amusant, qu'il y a des méthodes pour diminuer l'effort de l'élève, pour éveiller son attention. Cela se peut, les grandes personnes disent tant de belles choses.
Tout le monde sait que l'homme riche est avare. Avare pour garder jalousement son bien et pour l'augmenter au besoin ; l'avarice étant une qualité fondamentale pour devenir riche et pour le demeurer.
Il est vrai que ma mère n'avait d'autres prétentions que de m'aimer par-dessus tout.
A seize ans,il avait conscience de jouer son avenir sur des théorèmes de géométrie et des équations d'algèbre alors que ses camarades s'inquiétaient surtout de leur toilette et rêvaient aux jeunes filles.
On naît, on se marie, on meurt. Parfois, quand on y songe sérieusement, on se pose des questions embarrassantes. Mais la plupart du temps, on se laisser aller et c'est mieux ainsi.
Le riche demeure toujours avare. Le pauvre, tour à tour, nargue ou convoite la misère du riche.
Nul n'ignore que la sévérité des parents produit fatalement un pauvre diable craintif, faible, gentil et mou comme une fillette.
Le ciel scintillant d'étoiles brille d'une lumière sans chaleur, irréelle et pâle comme le rêve. La mélancolie de la pénombre, l'harmonie de la voix, la douceur de la flûte, la forme imagée des poèmes au rythme musical, attendrissent le coeur, emplissent la tête d'images et le corps d'une douce ivresse.
Il savait depuis sa naissance qu'il ne devait pas être riche. Cela est-il nécessaire pour vivre et mourir ?

Œuvres de Mouloud Feraoun

La Terre et le Sang (1953)Le Fils du pauvre (1950)