Auteur

Jules Renard

Le mieux n'est l'ennemi que du mal.
Quand on lit le récit d'une vie «exemplaire» comme celle de Balzac, on arrive toujours au récit de la mort. Ainsi, à quoi bon?
Le vrai bonheur serait de se souvenir du présent.
Le bonheur ne rend pas bon. C'est une remarque qu'on fait sur le bonheur des autres.
J'ai toujours vu les gens heureux, mais qui le sont à trop grands frais, envier le petit bonheur limité, dans un coin.
La bonté n'est pas naturelle: c'est le fruit pierreux de la raison. Il faut se prendre par la peau des fesses pour se mener de force à la moindre bonne action.
La vie est ce que notre caractère veut qu'elle soit. Nous la façonnons, comme un escargot sa coquille.
J'ai vu, monsieur, sur une table de boucher, des cervelles pareilles à la vôtre.
On est si heureux de donner un conseil à quelqu'un qu'il peut arriver, après tout, qu'on le lui donne dans son intérêt.
Quand au sceptique «pourquoi?» le «parce que» crédule a répondu, la discussion est close.
Il faut, pour soutenir une conversation en société, savoir une foule de choses inutiles. Il faut se tenir au courant. Je ne sais pas courir. Reste donc chez toi.
Chaque fois que je viens de parler un peu trop longtemps à quelqu'un, je suis comme un homme qui s'est grisé et qui, tout honteux, ne sait où se fourrer.
Je n'aime à parler qu'avec les gens plus grands que moi et dont la bouche me dépasse, parce qu'ainsi les odeurs montent.
A la fin d'une longue discussion, nous arrivâmes à conclure qu'au fond il n'y a rien de plus particulier qu'une idée générale.
- Comment vous portez-vous? dis-je. - - Oh! je vais mieux. - - Vous avez donc été malade? - Et voilà qu'il faut avoir l'air de s'intéresser à la santé d'une personne qui se porte bien, quand on serait à peine touché par la nouvelle de sa mort.
Il faut avoir le courage de préférer l'homme intelligent à l'homme très gentil.
N'écoutant que son courage, qui ne lui disait rien, il se garda d'intervenir.
Dieu, modeste, n'ose pas se vanter d'avoir créé le monde.
Très attaqué, Dieu se défend par le mépris, en ne répondant pas.
Nous nous avouons ceci, quand un être qui nous est cher est malade, et que la mort est toute prête, nous souffrons d'avance des gestes qu'il faudra faire pour montrer notre douleur, mais nous ne pensons pas à l'être qui nous est cher.
Il faut gémir, mais en cadence.
Les hommes naissent égaux. Dès le lendemain, ils ne le sont plus.
De voir les autres égoïstes, cela nous stupéfie, comme si nous seuls avions le droit de l'être et l'ardeur de vivre.
Mais, enfin, pourquoi donc mépriser un homme qui a de l'égoïsme plutôt qu'un homme qui a du coeur?
Il n'y a qu'une façon d'être un peu moins égoïste que les autres: c'est d'avouer son égoïsme.

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