Auteur

Joseph Joubert

Le son du tambour dissipe les pensées c'est par cela même que cet instrument est éminemment militaire.
Défiez-vous, dans les livres métaphysiques, des mots qui n'ont pas pu être introduits dans le monde, et ne sont propres qu'à former une langue à part.
Quand on a trop craint ce qui arrive, on finit pas éprouver quelque soulagement lorsque cela est arrivé.
Quand on écrit avec facilité, on croit toujours avoir plus de talent qu'on n'en a. Pour bien écrire, il faut une facilité naturelle et une difficulté acquise.
Il faut que les hommes soient les esclaves du devoir, ou les esclaves de la force.
Un bon approbateur est aussi nécessaire qu'un bon correcteur.
L'histoire est bonne à oublier c'est pour cela qu'elle est bonne à savoir.
Plutarque, en interprétant Platon, est plus clair que lui, et cependant il a moins de lumière et cause à l'âme moins de joie.
Même quand le poète parle d'objets qu'il veut rendre odieux, il faut que son style soit calme, que ses termes soient modérés, et qu'il épargne l'ennemi, conservant cette dignité qui vient de la paix d'une âme supérieure à toutes choses.
Il y a des livres plus utiles par l'idée qu'on s'en fait que par la connaissance qu'on en prend.
Il faut se faire un lointain, se créer une perspective, se choisir un point de vue, quand on veut juger d'un ouvrage, même d'un ouvrage d'esprit, d'un mot, d'un livre, d'un discours.
On peut convaincre les autres par ses propres raisons on ne les persuade que par les leurs.
Condorcet, il est vrai, ne dit que des choses communes mais il a l'air de ne les dire qu'après y avoir bien pensé, et c'est là ce qui le distingue.
Les cadets sont en général les plus beaux leur moulage est plus net et plus sûr.
Combattre les objections, ce n'est souvent détruire que des fantômes. On n'éclaire rien par là seulement on rend muets ceux qui obscurcissent.
Le goût est la conscience littéraire de l'âme.
Loin de reléguer les arts dans la classe des superfluités utiles, il faut les mettre au nombre des biens les plus précieux et les plus importants de la société humaine.
Une docte ignorance est une ignorance qui se connaît.
Il est impossible de devenir très instruit si on ne lit que ce qui plaît.
Un crucifiement devrait à la fois représenter la mort d'un homme et la vie d'un dieu.
Les écrivains qui ont de l'influence ne sont que des hommes qui expriment parfaitement ce que les autres pensent, et qui réveillent dans les esprits des idées ou des sentiments qui tendaient à éclore.
Le mot sage dit à un enfant, est un mot qu'il comprend toujours, et qu'on ne lui explique jamais.
Il n'y a plus aujourd'hui d'inimitiés irréconciliables, parce qu'il n'y a plus de sentiments désintéressés : c'est un bien né d'un mal.
Les critiques de profession ne sauraient distinguer et apprécier ni les diamants bruts, ni l'or en barres. Ils sont marchands, et ne connaissent, en littérature, que les monnaies qui ont cours.
Heureux ceux qui ont une lyre dans le coeur, et dans l'esprit une musique qu'exécutent leurs actions !

Œuvres de Joseph Joubert

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