Auteur

Joseph Joubert

Quiconque ne s'est pas observé lui-même porte en soi une expérience qu'il ignore.
La vie est un devoir dont il faudrait tâcher de se faire un plaisir, comme de tous nos autres devoirs.
(Il) a dans l'esprit comme dans la voix une extinction perpétuelle.
J'ai de la peine à quitter Paris parce qu'il faut me séparer de mes amis; et de la peine à quitter la campagne parce qu'alors il faut me séparer de moi.
On a beau faire, la première question de l'homme est toujours «qu'est-ce que cela?» «A quoi bon?» n'est que la seconde. Tant notre besoin essentiel est de connaître et tant acquérir des idées est notre grande ambition.
Plutarque dit qu' «il faut écouter... préparé».
C'est l'orgueil qui fait le sophiste, la bonne foi fait le savant.
En effet, les idées claires servent à parler; mais c'est presque toujours pour quelque idée confuse que nous agissons. C'est elles qui mènent la vie.
Parler est une source d'erreurs, peut-être aussi de quelques vérités. La parole a des ailes. Elle porte où l'on n'irait pas. Nécessité de discourir, nécessité d'en trop dire, de surabonder.
L'art n'est que du naturel perfectionné.
C'est une clef; qu'elle soit d'or ou de fer, qu'importe? elle est propre à ouvrir.
Ce qu'on cherche surtout dans les livres sans s'en apercevoir, ce sont des mots propres à exprimer nos diverses pensées.
Les mathématiques, cette demi métaphysique (car l'esprit y opère sur des rapports qu'il conçoit comme dans la première de ces sciences sur des substances qu'il imagine).
Toute preuve excellente doit naître de l'explication, et toute excellente explication produit la preuve.
Il faut que le coeur marche avant l'esprit et l'indulgence avant la vérité.
Un des plus sûrs moyens de tuer un arbre est de le déchausser et d'en faire voir les racines. De même des institutions. Celles que l'on veut conserver, il ne faut pas trop en désenterrer l'origine. Tout commencement est petit.
Le poli et le fini est au style ce que le vernis est aux tableaux. Il les conserve, les fait durer, les éternise en quelque sorte.
Dans les plaisirs, la modération ne suffit pas; il faut le choix. Le licite.
Il en est de la métaphysique comme des religions. Personne (ou chacun) n'aime que la sienne.
L'or est le soleil des métaux.
Et peut-être on ne parle jamais si bien que lorsqu'on ne sait pas parfaitement ce qu'on va dire.
Nous trouvons éloquent, dans les livres, non seulement tout ce qui augmente nos passions, mais aussi tout ce qui augmente nos opinions.
La vérité ressemble au ciel; et l'opinion à des nuages.
Comme les crimes ont multiplié les lois, les erreurs ont multiplié les explications.
Dans les belles traductions il faut, comme dans les empreintes d'un cachet, quand elles sont fidèles, le relief en creux, le creux en relief.

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