Pour une fois où le sort avait préparé avec ce soin ses offres, était-il la peine de le désobliger ?
Auteur
Jean Giraudoux
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Je suis dans un de ces moments où je vois si nette la piste de ce gibier qui s'appelle le bonheur.
Je sais ce qu'est en réalité un bourg hanté. Les batteries de cuisine qui résonnent la nuit dans les appartements dont on veut écarter le locataire, des apparitions dans les propriétés indivises pour dégoûter l'une des parties.
La guerre, qui détachait soudain du blason des grands empires les animaux héraldiques et les faisait pour moi lutter silencieusement à mort, la licorne avec l'ours, l'aigle à une tête avec son collègue à trois têtes!...
Elle parlait par phrases jumelles, contradictoires, la première commençait par le mot «physiquement», et l'autre par «moralement». - Physiquement, il est très mal, disait-elle. Moralement, il est parfait.
Vous vous entêtez à joindre l'idée de caresse à l'idée de beauté. Vous êtes comme toutes les femmes. Une femme qui trouve le ciel beau, c'est une femme qui caresse le ciel.
Nous avons exigé de l'ancienne Europe mourante ce traité, avec ses paragraphes et ses codiciles, non comme une charte ordonnante et créante, mais comme un testament.
Elle est la lumière sans résidu, la lampe sans mazout, lumière sans mèche.
Quand vous voyez un immense visage emplir l'horizon et vous regarder bien en face, d'yeux intrépides et purs, c'est cela un peuple.
Je parle en femme. C'est un regard étincelant, à filtrer, à dorer. Mais il n'a qu'un phosphore, la vérité. C'est ce qu'il y a de si beau, quand vous pensez aux vrais peuples du monde, ces énormes prunelles de vérité.
C'est bien ce que je dis. Tu raisonnais. Tu calculais. Tu étais une nourrice, pas une mère!
Ne parle pas d'elle, surtout pas d'elle. Imaginons une minute, pour notre bonheur, que nous ayons été enfantés sans mère.
Je ne t'étouffe pas... Je ne te tue pas... Je te caresse. Je t'appelle à la vie. De cette masse fraternelle que j'ai à peine vue dans mon éblouissement, je forme mon frère avec tous ses détails.
Elle se ferait une mère du premier être venu. Elle m'épousait parce qu'elle sentait que j'étais le seul homme, absolument le seul, qui pouvait être une sorte de mère.
Je n'attends plus rien, mais dix ans j'ai attendu mon père. Le seul bonheur que j'ai connu en ce monde est l'attente.
C'est un bonheur pour vierge. C'est un bonheur solitaire.
C'est avec la justice, la générosité, le devoir, et non avec l'égoïsme et la facilité que l'on ruine l'Etat, l'individu et les meilleures familles.
Tout le mal du monde est venu de ce que les soi-disant purs ont voulu déterrer les secrets et les ont mis en plein soleil.
Je ne le sais pas encore. Je sais seulement que c'est la même haine. C'est pour cela qu'elle est si lourde, pour cela que j'étouffe. Je les hais d'une haine qui n'est pas à moi.
Elle doit y aller jusqu'à ce que le monde pète et craque dans les fondements des fondements et les générations des générations, dussent mille innocents mourir la mort des innocents pour laisser le coupable arriver à sa vie de coupable.
Regardez les deux innocents. C'est ce qui va être le fruit de leurs noces: remettre à la vie pour le monde et les âges un crime déjà périmé et dont le châtiment lui-même sera un pire crime.
Cela ne va pas te suffire que les visages des menteurs soient éclatants de soleil? Que les adultères et les assassins se meuvent dans l'azur? C'est cela le jour. Ce n'est déjà pas mal.
Je veux que leur visage soit noir en plein midi, leurs mains rouges. C'est cela la lumière. Je veux que leurs yeux soient cariés, leur bouche pestilentielle.
On n'a le droit de sauver une patrie qu'avec des mains pures.
Le drapeau de cette nation était rouge vif, jaune vif, or vif, en un mot arc-en-ciel vif, sur teint de safran, de pourpre et de mort.
Œuvres de Jean Giraudoux
Adorable Clio (1920)Amphitryon 38 (1929)Amphitryon 38 (1929), I, 1, JupiterAmphitryon 38 (1929), I, 6, AlcmèneAmphitryon 38 (1929), II, 5, MercureAmphitryon 38 (1929), III, 1Amphitryon 38 (1929), III, 1, SosieAventures de Jérôme Bardini (1930)Bella (1926)Choix des élues (1939)Combat avec l'ange (1934)De pleins pouvoirs à sans pouvoirs (1950)Eglantine (1927)Electre (1937)Electre (1937), I, 3, le mendiantElectre (1937), II, 8, EgistheElectre (1937), II, 9Elpénor (1919), épigrapheIntermezzo (1933)Intermezzo (1933), I, 4