Auteur

Jean Antoine Petit, dit John Petit-Senn

Au récit que fait l'homme crédule des friponneries dont il fut facilement la dupe, nombre d'auditeurs le plaignent moins comme victime qu'ils ne le regrettent comme proie.
On aime à publier les services reçus de grands personnages, moins par gratitude que par ostentation.
On n'oublie pas les amis qui font fortune, le Pactole les sauve du Léthé.
Celui qui aime ses flatteurs suit, sans le vouloir, le divin précepte: Aimez vos ennemis.
Les vices moissonnent pour s'assouvir, les vertus glanent pour vivre.
Ne croyons que la moitié du bien qu'on nous dit de nous-mêmes et du mal qu'on nous dit des autres.
Le monde fourmille de bons enfants qui ne font de mal à personne et de bien qu'à eux.
Lorsqu'un auteur est riche, noble, puissant, il n'est pas impossible que ses oeuvres soient pour quelque chose dans l'éloge qu'on lui en fait.
La retraite nous épargne plus d'ennuis que le monde ne nous donne de plaisirs.
Pour un Orphée qui alla chercher sa femme aux enfers, combien de veufs, hélas! qui n'iraient pas même en paradis, s'ils pensaient y retrouver la leur!
Pour les femmes, la sagesse est une garde d'honneur et la laideur une garde du corps; cette dernière ne s'endort jamais.
Il est aussi difficile à une jeune femme de savoir qu'elle est laide que d'ignorer qu'elle est jolie.
Le remords est l'ombre du crime: il grandit comme elle à la chute des jours.
Les belles actions sont un peu comme les sirènes: il ne faut voir ni les fins des unes ni les queues des autres.
Que de gens n'iraient pas à l'église si Dieu seul les y voyait!
Une autre vie, si elle n'était meilleure que celle-ci, ferait moins une promesse qu'une menace.
On gagne à obliger même un ingrat; car si son coeur oublie nos bienfaits, sa vue nous les rappelle.
Le Caraïbe qui fait de la chair à pâté de ses ennemis morts est moins coupable que le Roi très-chrétien qui fait de la chair à canon de ses sujets vivants.
Bien des gens nous ouvrent leur coeur pour arriver au nôtre, et ne nous font passer chez eux qu'afin d'entrer chez nous.
Le vieillard sans pitié pour les passions qui ne peuvent plus l'atteindre ressemble au lâche qui frappe ses ennemis à terre.
La modestie est un lit de Procruste, où les géants sont tenus de se raccourcir pour ne pas scandaliser la foule des nains.
En nous berçant du continuel roulis de leurs monotones périodes, il est des orateurs qui nous donnent le mal de mer.
Bien des orgueilleux n'aiment l'ombre que parce qu'ils s'estiment des flambeaux.
Un pas vers Dieu en vaut mille vers la gloire.
A ceux que l'expérience ne rend pas meilleurs, elle enseigne les moyens de le paraitre.

Œuvres de Jean Antoine Petit, dit John Petit-Senn

Bluettes et boutades (1846)