Auteur

Henri Laborit

Il est plus facile de professer en paroles un humanisme de bon aloi, que de rendre service à son voisin de palier.
J'espérais que ce que je sais, ou crois savoir de l'homme me permettrait de mieux le situer dans cet univers tout nouveau et qui nous laisse pantelants d'admiration. - ... - Pendant que l'on cherche à comprendre, le temps passe et la vie avec lui.
Une action humaine n'est jamais gratuite et quand on croit connaître les mécanismes fondamentaux des comportements humains, on peut toujours déceler un égoïsme biologique et trivial dans toute action en apparence désintéressée.
Ce n'est pas l'Utopie qui est dangereuse, car elle est indispensable à l'évolution. C'est le dogmatisme, que certains utilisent pour maintenir leur pouvoir, leurs prérogatives et leur dominance.
En ce qui concerne la douleur, je ne puis me convaincre qu'elle élève, et les hommes que j'ai vus souffrir m'ont toujours paru enfermés dans leur douleur et non point ouverts sur des vues cosmiques. Si la douleur élève, je voudrais savoir vers quoi.
Je sais bien que certains prétendent que le stalinisme a été prévu. Mais, alors, pourquoi n'a-t-il pas été évité? Le danger de l'histoire, c'est de faire croire après coup à une causalité linéaire qui n'existe jamais.
Le racisme est une théorie biologiquement sans fondement au stade où est parvenue l'espèce humaine, mais dont on comprend la généralisation par la nécessité, à tous les niveaux d'organisation, de la défense des structures périmées.
Mais en vertu de quel principe biologique fondamental, le plus grand nombre serait-il préservé de l'erreur?
Il y a eu plus de crimes perpétrés au nom de l'amour qu'au nom de la haine, qui a pourtant plus mauvaise presse.
L'anticipation n'est possible que grâce à la mémorisation.
Les dominants ont toujours utilisé l'imaginaire des dominés à leur profit.
Ce n'est pas le fait de tailler le silex qui fut le fait humain, mais bien d'imaginer qu'en taillant le silex, l'efficacité du poing humain serait plus grande.
Admettre que l'on puisse penser en dehors de tout ensemble paraît être le type même du jugement faux. Il n'est plus possible d'imaginer un individu isolé des ensembles humains que d'imaginer le néant.
Jusque-là je n'avais fait qu'exprimer tant bien que mal la soupe de jugements de valeurs que la socio-culture avait laborieusement mise en place dans mon système nerveux.
Si les civilisations anciennes ont donné aux vieillards une part si importante dans la cité, c'est que, jusqu'à une époque récente, l'environnement changeait avec lenteur. L'expérience plus longue qu'ils en avaient était plus significative.
C'est quand on l'a perdue que l'on comprend ce qu'est la liberté. C'est vrai. Mais il n'y a pas que des prisons avec des barreaux, il y en a de beaucoup plus subtiles dont il est difficile de s'échapper parce qu'on ne sait pas qu'on y est enfermé.
Les marchands n'ont pas été chassés du temple, ils sont en train de l'envahir complètement et d'installer leurs boutiques et leurs panneaux publicitaires au plus profond de nos neurones si nous n'y prenons garde.
Nous agissons toujours sous la pression de la nécessité, mais celle-ci sait bien se cacher. Elle se cache dans l'ombre de notre ignorance. Notre ignorance de l'inconscient qui nous guide, celle de nos pulsions et de notre apprentissage social.
Même en écarquillant les yeux, l'Homme ne voit rien. Il tâtonne en trébuchant sur le route obscure de la vie, dont il ne sait ni d'où elle vient, ni où elle va. Il est aussi angoissé qu'un enfant enfermé dans le noir.
Tous les autoportraits, tous les mémoires ne sont que des impostures conscientes ou, plus tristement encore, inconscientes.
Nous ne vivons que pour maintenir notre structure biologique, nous sommes programmés depuis l'oeuf fécondé pour cette seule fin, et toute structure vivante n'a pas d'autre raison d'être, que d'être.
Dès la naissance l'individu se trouve pris dans un cadre socioculturel dont le but essentiel est de lui créer des automatismes d'actions et de pensée indispensables au maintien de la structure hiérarchique de la société à laquelle il appartient.
Tout homme qui, ne serait-ce que parfois le soir en s'endormant, a tenté de pénétrer l'obscurité de son inconscient, sait qu'il a vécu pour lui-même.
J'ai reçu plus de choses par le livre que par la poignée de main. Le livre m'a fait connaître le meilleur d'eux-mêmes, ce qui les prolonge à travers l'Histoire, la trace qu'ils laissent derrière eux.

Œuvres de Henri Laborit

Dieu ne joue pas aux dés (1987)Dieu ne joue pas aux dés, ConclusionsEloge de la fuiteEloge de la fuite (1976)Eloge de la fuite (1976), Une foiL'esprit du grenier (1992)L'homme imaginant (1970)La Nouvelle Grille (1974)