Auteur

François de La Rochefoucauld

L'humilité est l'autel sur lequel Dieu veut qu'on lui fasse des sacrifices.
Celui qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il le croit.
Si nous sommes incapables de trouver la tranquillité en nous-mêmes, il ne sert à rien de la chercher ailleurs.
Quelque découverte que l'on ait faite dans le pays de l'amour-propre, il y reste encore bien des terres inconnues.
L'amour-propre est plus habile que le plus habile homme du monde.
La durée de nos passions ne dépend pas plus de nous que la durée de notre vie.
Les passions ont une injustice et un propre intérêt qui fait qu'il est dangereux de les suivre, et qu'on s'en doit défier lors même qu'elles paraissent les plus raisonnables.
Il y a dans le coeur humain une génération perpétuelle de passions, en sorte que la ruine de l'une est presque toujours l'établissement d'une autre.
Les passions en engendrent souvent qui leur sont contraires. L'avarice produit quelquefois la prodigalité, et la prodigalité l'avarice; on est souvent ferme par faiblesse, et audacieux par timidité.
Quelque soin que l'on prenne de couvrir ses passions par des apparences de piété et d'honneur, elles paraissent toujours au travers de ces voiles.
Notre amour-propre souffre plus impatiemment la condamnation de nos goûts que de nos opinions.
Cette clémence dont on fait une vertu se pratique tantôt par vanité, quelquefois par paresse, souvent par crainte, et presque toujours par tous les trois ensemble.
La modération des personnes heureuses vient du calme que la bonne fortune donne à leur humeur.
Ceux qu'on condamne au supplice affectent quelquefois une constance et un mépris de la mort qui n'est en effet que la crainte de l'envisager. De sorte qu'on peut dire que cette constance et ce mépris sont à leur esprit ce que le bandeau est à leurs yeux.
Peu de gens connaissent la mort. On ne la souffre pas ordinairement par résolution, mais par stupidité et par coutume; et la plupart des hommes meurent parce qu'on ne peut s'empêcher de mourir.
L'orgueil est égal dans tous les hommes, et il n'y a de différence qu'aux moyens et à la manière de le mettre au jour.
L'orgueil a plus de part que la bonté aux remontrances que nous faisons à ceux qui commettent des fautes; et nous ne les reprenons pas tant pour les en corriger que pour leur persuader que nous en sommes exempts.
L'intérêt, qui aveugle les uns, fait la lumière des autres.
L'homme croit souvent se conduire lorsqu'il est conduit; et pendant que par son esprit il tend à un but, son coeur l'entraîne insensiblement à un autre.
La force et la faiblesse de l'esprit sont mal nommées; elles ne sont en effet que la bonne ou la mauvaise disposition des organes du corps.
Le caprice de notre humeur est encore plus bizarre que celui de la fortune.
L'attachement ou l'indifférence que les philosophes avaient pour la vie n'était qu'un goût de leur amour-propre, dont on ne doit non plus disputer que du goût de la langue ou du choix des couleurs.
Notre humeur met le prix à tout ce qui nous vient de la fortune.
La félicité est dans le goût et non pas dans les choses; et c'est par avoir ce qu'on aime qu'on est heureux, et non par avoir ce que les autres trouvent aimable.
Ceux qui croient avoir du mérite se font un honneur d'être malheureux, pour persuader aux autres et à eux-mêmes qu'ils sont dignes d'être en butte à la fortune.

Œuvres de François de La Rochefoucauld

EpigrapheMarie LeczinskaMaximesMaximes et réflexionsMaximes suppriméesMaximes supprimées, 572Maximes supprimées, 578Maximes supprimées, 581Maximes supprimées, 628Portrait du Cardinal de RetzPortrait par lui-mêmeRéflexions diversesRéflexions diverses, De l'inconstanceRéflexions diverses, De la différence des espritsRéflexions diverses, De la sociétéRéflexions moralesRéflexions ou Sentences et Maximes morales (1664)Réflexions ou Sentences et Maximes morales (1664), 1Réflexions ou Sentences et Maximes morales (1664), 10Réflexions ou Sentences et Maximes morales (1664), 100