Auteur

Erasme

Celui qui connaît l'art de vivre avec soi-même ignore l'ennui.
J'ai couvé un oeuf de colombe, Luther en a fait sortir un serpent.
Il est bien connu que chez les aveugles les borgnes sont rois.
Le mariage des esprits est plus grand que celui des corps.
La philosophie est une méditation de la mort.
Ce n'est pas parce que l'araignée ne ressemble pas à l'éléphant qu'elle n'est pas un animal admirablement beau, et même il y a plus de merveilles dans l'araignée que dans l'éléphant.
L'homme ne naît pas homme il le devient.
Ajouter des étoiles au ciel.
N'est-ce pas là le but de ces parures, de ces fards, de ces bains, de ces frisures, de ces parfums, de ces odeurs, et enfin de toutes ces préparations cosmétiques, qui servent à embellir, à peindre ou à déguiser le visage, les yeux et la peau?
Feuillages et fleurs promettent l'apparition du fruit. Quand celui-ci pèse sur l'arbre, nul ne regrette les fleurs. Et aucun homme ne déplore que son fils soit sorti de l'enfance quand il est parvenu à maturité.
La folie des amants est la plus douce de toutes les folies.
Plus l'amour est parfait, plus la folie est grande et le bonheur sensible.
Celui qui aime avec ardeur, ne vit plus en lui-même, il vit dans l'objet qu'il aime.
On me dit: En quoi la connaissance de la Philosophie aide-t-elle à celle des Saintes Lettres? Je réponds: En quoi son ignorance y aide-t-elle?
Tu as horreur du poison visible qui cause la perte du corps, aie bien davantage horreur de la toxine qui tue l'âme. La ciguë est un poison pour le corps, mais beaucoup plus fort est le poison de l'âme, le plaisir.
Après les publicains viennent aussi les soldats, race d'hommes brutale et impie, indifférente aux lois, portée à la violence, ayant l'âme vénale, aimant la rapine, hautaine et effrontée parce que tout leur est permis.
Alors qu'en ce moment la campagne tout entière reverdit et prend un air riant, je m'étonne fort que des gens trouvent de l'attrait aux villes enfumées.
A chacun son pet sent bon.
Celui qui court deux lièvres à la fois n'en prend aucun.
Tout, dans le monde, est si obscur; si variable, qu'il est impossible de rien savoir de certain.
La guerre n'est-elle pas la source et le théâtre de tous les hauts faits ? Or, quoi de plus fou que d'engager, à propos de je ne sais quoi, une pareille lutte, d'où il résulte toujours, pour les deux partis plus de mal que de bien ?
C'est faire preuve d'un bon sens exquis que de ne pas ambitionner plus de sagesse que n'en comporte la nature de l'homme; que d'être volontiers du même avis que le genre humain ou de se tromper complaisamment avec lui.
Enfin, je suis ce proverbe populaire débattu selon lequel on a raison de se louer soi-même quand on ne trouve personne d'autre pour le faire.
L'expérience fait voir aussi que toujours un fou se moque de l'autre, et que tous deux se divertissent réciproquement : souvent même c'est le plus fou qui rit de meilleur coeur du moins fou.
En conclusion - et vous pouvez en croire la Folie - plus on est fou, plus on est heureux, pourvu que l'on s'en tienne au genre de démence qui relève de ma compétence.

Œuvres de Erasme

AdagesAdages (Cuicumque crepitus bonum olet)Colloques, Convivium religiosum (1526)L'Eloge de la folie (1508)L'Eloge de la folie (1508), LXILa philosophie chrétienneLe Libre Arbitre, Diatribe (1525)Le Poignard du soldat chrétienLes ColloquesLes Colloques, L'ichthyophagieParaphrase sur l'Evangile de Luc, III, 14Procus et PuellaQuerela pacis (1641)