La lecture est une victoire de l'ennui sur l'amour-propre.
Le plaisir de lire un livre suranné est toujours un peu languissant.
Ce qui empêche de jouir de belles choses, c'est l'envie de les trouver mauvaises; il n'y a rien de plus incontestable.
Le lecteur aime celui qui lit et qui lui parle de lectures, et en vient même, par besoin de confidences intellectuelles à faire et à recevoir, à ne pouvoir plus se passer de lui.
Le critique doit inviter à relire ou à repenser sa lecture.
Qui est-ce qui a une personnalité? Ils sont rares qui en ont une. Presque personne n'est une personne. Et à seize ans, personne n'est une personne.
Il y a deux éducations: la première que l'on reçoit au lycée, la seconde que l'on se donne à soi-même; la première est indispensable, mais il n'y a que la seconde qui vaille.
Lire est doux; relire est - quelquefois - plus doux encore.
La première lecture est au lecteur ce que l'improvisation est à l'orateur.
Relire apprend l'art de lire.
Revoir les lieux autrefois visités, les amis autrefois fréquentés, les livres lus jadis, est une des passions du déclin. Or, c'est précisément se comparer à soi-même; c'est éprouver si l'on a toujours autant de facultés de sentir et si l'on a les mêmes.
Rencontrant une dame qu'il n'avait pas vue depuis très longtemps un homme d'âge hésitait: «Comment! dit la dame, vous ne me reconnaissez pas? - Hélas! madame; j'ai tant changé!».
Relire, c'est lire ses mémoires sans se donner la peine de les écrire.
Lire, c'est penser avec un autre, penser la pensée d'un autre, et penser la pensée, conforme ou contraire à la sienne, qu'il nous suggère.
Ah! Monsieur Rostand, comme je vous suis reconnaissant d'exister.
Le moyen infaillible de rajeunir une citation est de la faire exacte.
Un compliment, c'est un peu d'amour dans beaucoup d'esprit.
Les poésies d'Ancré Chénier sont comme des arrière-fleurs du classicisme.
Les hommes d'action peuvent malaisément être sceptiques ou se retrancher dans un pessimisme tout négatif.
Le besoin de croire est une partie du besoin d'agir, parce qu'il en est la condition.
Quand vous vous donnez à vous-même, personnellement, la liberté de chercher ce que vous avez à faire, c'est probablement, non pas pour le chercher toujours, mais pour le trouver.
Rien d'excellent comme la liberté de penser, de chercher, d'écrire, de parler, mais, évidemment, à la condition qu'elle aboutisse, et par conséquent qu'elle cesse.
Les farceurs vont ajouter qu'il n'est pas inutile d'être idiot pour être souverainement intelligent. Les farceurs diront là quelque chose de vrai avec la grossièreté qui leur est propre, mais, à les bien prendre, c'est exact.
Deux états sociaux ruinent l'idée ou plutôt le sentiment de la patrie: la vie politique trop violente, et la vie politique nulle.
Le monde a été découvert il y a un peu plus de trois cents ans. Il n'y a pas plus de temps que les hommes savent que la terre est ronde, qu'elle est petite et que le ciel est infini.
Œuvres de Emile Faguet
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