Auteur

Emile-Auguste Chartier, dit Alain

L'ombre d'un arbre exprime aussi l'azimuth et la hauteur du soleil ...
Il faut appeler bavardage ce genre de conversation vide et agréable où les sympathies, les antipathies, les mouvements du coeur humain, les singularités du caractère et de l'humeur, sont l'objet principal.
Le père Grandet, comme on voit dans Balzac, bégayait exprès quand il traitait une affaire; c'est un bon moyen de cacher sa propre pensée et de faire sortir celle de l'autre, par la furieuse envie qu'il a bientôt de finir les phrases du bègue.
Les esprits bègues, toujours en emportement devant la difficulté de penser.
Il n'est pas évident que le culte des belles-lettres ne coûte rien à la justice; toujours est-il qu'on en reçoit une coutume de se plaire aux mythes et de s'y attarder.
«Peut-on être bête à ce point?» Voilà ce que le plus simple des hommes pense de lui-même trois fois par jour. Cette morale tout à fait commune signifie donc que l'on se trompe sur soi-même pour commencer.
Je définis le bourgeois comme un homme qui profite des résultats sans penser au travail.
Tout cela est calculable, mesurable par des raisonnement rigoureux et par des mesures précises.
La société a à sa charge tous ceux qui ne peuvent pas travailler; cela est de consentement universel; personne ne propose de laisser à la rue un vieillard, un malade, un enfant.
Rien n'est plus attristant que de voir des gens mécontents d'eux et de tout, qui se chatouillent les uns les autres pour se faire rire.
Les femmes, j'entends celles qui sont occupées à chiffonner et à pouponner, ne comprendront sans doute jamais bien pourquoi les hommes vont au café et jouent aux cartes.
Il faut voir clair dans cette boîte à surprises qu'est le coeur humain. Et la première chose à voir, c'est que le coeur humain est un coeur, c'est-à-dire un muscle irritable. Matérialisme.
La colère peut être prise comme une ivresse, en ce sens qu'on se plaît à s'y jeter par un semblant, en comptant bien qu'elle dépassera ce semblant.
Les corpuscules, quels qu'ils soient, qui passent des aliments dans nos muscles et dans nos nerfs, sont certainement séparés et recomposés, formant des édifices fort complexes, et différents selon les organes.
Le courage nourrit les guerres, mais c'est la peur qui les fait naître.
«Qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils me craignent!» c'est bien un mot d'ambitieux
Douter, c'est examiner, c'est démonter et remonter les idées comme des rouages, sans prévention et sans précipitation.
La pensée est une espèce de jeu qui n'est pas toujours très sain.
Le signe oui est d'un homme qui s'endort, au contraire, le réveil secoue la tête et dit non.
Diable: C'est la puissance oblique qui nous récompense de nos lâchetés. Le diable, c'est que la vertu est régulièrement punie. Ainsi va le monde des forces, et l'ironie est le langage du diable.
Il n'est pas difficile d'être malheureux! ce qui est difficile c'est d'être heureux; ce n'est pas une raison pour ne pas essayer; au contraire; le proverbe dit que toutes les belles choses sont difficiles.
Si on veut l'esprit libre, il faut lui permettre de se tromper. Un dogme est bête, même vrai.
Avant de dormir soi-même, il faut faire dormir ses pensées. Mais cela ne va pas bien, car vouloir endormir une pensée, c'est penser; et penser c'est s'éveiller.
Douter, c'est examiner, c'est démonter et remonter les idées comme des rouages, sans prévention et sans précipitation ...
Le duelliste habile n'a point peur parce qu'il voit clairement ce qu'il fait et ce que fait l'autre; mais s'il se livre au destin, le regard noir qui le guette le perce avant l'épée; et cette peur est pire que le mal.

Œuvres de Emile-Auguste Chartier, dit Alain

81 chapitres sur l'esprit et les passionsAu professeur Mondor.Avec BalzacCahiers de Lorient (1964)Cent un proposCorrespondance avec Romain RollandDans La Dépêche de Lorient, 14 juin 1900.De la guerreDéfinitions (1954)Définitions (1954), EgalitéDéfinitions (1954), TortureDéfinitions (1954), ViolenceDéfinitions (1954), VénielEléments de philosophie (1941)Entretiens au bord de la mer (1931)Esquisses de l'hommeEsquisses de l'homme (1927)HegelHistoire de mes pensées (1936)Histoire de mes pensées (1936), Retour